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le Patrimoine culturel accessible à tous avec Histoire de Son

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La médiation culturelle par le Mooc

14 Septembre 2016, 14:26pm

Publié par véronique muzeau

La médiation culturelle par le Mooc

 

Les Mooc - massive open online courses – ou formations en ligne ouvertes à tous, se multiplient dans tous les domaines, notamment la culture. Ils sont potentiellement de bons outils de médiation indirecte. Potentiellement.

 

Une curieuse s'était inscrite récemment à un cours en ligne sur une thématique qui la passionnait a priori, que nous tairons par égard pour les producteurs du Mooc, une équipe universitaire.
La curieuse avait un bon niveau d'études supérieures et quelques bases dans différents domaines relatifs à ce thème ; disons une bonne culture générale qu'elle ne demandait qu'à consolider grâce à ce Mooc.
Très enthousiaste, elle attendait de pied ferme les cours en ligne dispensés via la plateforme Fun (France université numérique) sur laquelle elle avait déjà suivi d'autres Mooc avec plaisir et sérieux !
En outre, la formation s'annonçait riche, forte d'un large balayage des différents aspects de la question et d'une pléthore d'enseignants.

Las ! Le Mooc s'est révélé si ardu, si technique, et si peu pédagogique que la curieuse a rapidement lâché l'affaire... avec regret, mais aussi un soupçon de colère lié à cette désagréable impression de « tromperie sur la marchandise ».
La curieuse s'attendait à un grand moment de vulgarisation scientifique et culturelle. Elle a eu droit à un cours parfaitement adapté à des étudiants chevronnés en la matière, désireux de réviser leurs partiels...mais inaccessible à un public non spécialiste, même un peu familier du sujet.

Reste à analyser – à froid – cette déception.
Dans le fond, l'univers des Mooc, en grandissant, se révèle aussi diversifié que l'est déjà le monde de l'éducation. Même s'il y avait au départ l'idée d'enseigner à la  « masse », le ciblage a fini par faire irruption aussi dans la formation numérique. Il est normal après tout qu'il existe des Mooc de spécialisation à côté des Mooc d'initiation.

D'accord, mais à plusieurs conditions

Annoncer la couleur 

Dans tous les cas, l'avertissement ou le préambule du cours doit exposer clairement les pré-requis et les objectifs de la formation. On peut très bien concevoir un Mooc destiné à un niveau Bac + 2 dans une discipline, ou qui nécessite un travail personnel de 5 heures par jour. Encore faut-il clairement l'annoncer pour permettre aux « simples curieux » de passer leur chemin...

Penser l'ingénierie pédagogique en fonction du média

Un doute peut cependant s'emparer de l'élève dérouté : et si cet effet décrochage n'était pas voulu par les concepteurs du Mooc ? Si ces enseignants, sans doute très capables face à leurs étudiants, pensaient réellement être accessibles à un large public ?
Alors le problème est ailleurs ; il vient de la réflexion didactique de l'équipe des formateurs.
Les vidéos proposées duraient une dizaine de minutes, c'est un format courant en Mooc. Mais souhaiter transmettre dans cette courte durée la même quantité d'informations qu'en une heure de cours, c'est une erreur fatale.

Rappelons-le, une nouvelle fois, la vidéo (ou l'audio) n'est pas tout à fait un mode de transmission interactif. Contrairement au cours « en présentiel », le module audiovisuel ne permet pas de communication non-verbale entre le formateur et le formé. Pas de visages circonspects qui trahiraient l'incompréhension de l'élève, pas de main levée pour poser immédiatement une question sur un point obscur.
Les concepteurs du Mooc ont tout simplement oublié des éléments indispensables de la didactique vidéo : répétition et reformulation. Un contenu très dense, débité rapidement dans le temps imparti se révéle finalement très indigeste, même agrémenté de cartes et d'images …

Apprendre à s'exprimer devant la caméra

Une autre faille : l'écriture. Visiblement, les enseignants n'avaient pas été sensibilisés aux particularités de l'écriture audiovisuelle. Phrases interminables et enchâssements le disputaient aux termes techniques non définis, aux tournures alambiquées, etc

Enfin, la caméra, c'est un peu paralysant, convenons-en ; tout le monde n'est pas naturellement à l'aise face à son œil impavide et cruel. Lire un texte sur un prompteur en promenant son regard sur le côté nuit gravement à l'attractivité de la séquence. Une formation de base à l'expression devant une caméra aurait été la bienvenue. À défaut, il aurait fallu un intervieweur pour encourager l'enseignant et favoriser un ton plus naturel. Les seules séquences attractives du Mooc raté étaient d'ailleurs celles réalisées sous formes d'interview.

Terminons positivement, par un bon contre exemple. Les Mooc de Rue89, qui sont des modèles du genre pour l'enseignement des pratiques médiatiques, mobilisent à la fois un scénariste pédagogique, des journalistes, un graphiste, un vidéaste, un commercial, et des intervenants extérieurs. Avec l'appui de Christine Vaufrey, directrice de Mooc&Cie, et notamment conceptrice d'un Mooc de médiation culturelle sur l'Impressionnisme. Elle a toujours insisté sur la nécessité de croiser ces visions et ces compétences.
Le Mooc efficace n'est pas seulement un contenu savant. C'est un contenu pensé, c'est un travail formel.

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La forêt de Fontainebleau en application mobile

24 Mars 2016, 22:41pm

Publié par véronique muzeau

Avant d'être de Fontainebleau, c'était la forêt de Bière (bruyère), que Saint Louis appelait son "cher désert" tant la lande y dominait

Avant d'être de Fontainebleau, c'était la forêt de Bière (bruyère), que Saint Louis appelait son "cher désert" tant la lande y dominait

Le 21 mars, c'était la journée internationale des forêts. L'occasion de prendre conscience de l'importance et de la richesse des milieux forestiers. L'un des massifs les plus emblématiques de France, la forêt de Fontainebleau, propose à ses visiteurs une application mobile très riche.

 

 

La forêt de Fontainebleau sous toutes les...ramures

 

Proposée par l'Office National des Forêts, l'application mobile « la forêt de Fontainebleau » a déjà 2 ans mais elle n'a pas fini de s'enrichir.

Son principe est bien sûr d'augmenter la balade de tout promeneur curieux, habitué ou néophyte, dans l'une des plus belles forêts françaises. Il y a les suppléments pratiques : cartes téléchargeables et services de proximité géolocalisés.

Et il y a les suppléments culturels car la forêt est un patrimoine. La percevoir comme telle c'est la respecter et la protéger.

 

Raconter la forêt comme patrimoine culturel

 

De la découverte de la sylviculture à l'art rupestre, des usages du bois à la biodiversité, en passant par l'histoire des chasses royales ou de l'exploitation du grès, les thèmes de l'application mobile sont variés et les itinéraires commentés aussi.

Des photos, quelques vidéos et surtout beaucoup d'audio. Car l'idée est d'éviter au visiteur de la forêt de trop garder les yeux sur son smartphone. Il s'agit plutôt de lui montrer ce qu'il n'aurait pas forcément vu. Et de le lui expliquer.

Certains sentiers s'articulent autour d'une fiction, avec une narration théâtralisée ou mise en scène, notamment le parcours consacré à Claude-François Denecourt, l'inventeur du tourisme forestier. D'autres prennent clairement le parti de la médiation scientifique et culturelle audio.

 

Médiation scientifique et culturelle audio

 

Tous Curieux / Histoire de Son a réalisé plusieurs de ces parcours audio de découverte en interviewant les naturalistes, sylviculteurs, écologues ou historiens …

 

La forêt de Fontainebleau en application mobile

En compagnie du naturaliste Philippe Bruneau de Miré ou d'un herpétologiste (spécialiste des reptiles), vous découvrez ainsi la richesse de la faune et de la flore bellifontaines, vous suivez la lecture du paysage géologique. Vous comprenez aussi les spécificités de cet écosystème, de zone tempérée, mais souvent comparable au milieu méditerranéen du fait de son sol sableux.

Vous mesurez l'impact de l'action humaine sur ce qui était autrefois une lande, bien plus qu'une forêt...

Vous comprenez avec Jean-Claude Polton, président de l'association des amis de la Forêt de Fontainebleau, combien la culture humaine a façonné cette nature.

Les contenus témoignent ici de la diversité des membres et des partenaires réguliers de l'ONF : scientifiques, techniciens, experts, associations.

 

De l'économie à l'écologie forestière

 

Sur le sentier de la sylviculture, le contenu se fait plus économique : comment gère-t-on une forêt, comment cultiver un arbre pour son bois ? Mais il aborde aussi largement l'écologie : comment exploiter la ressource forestière sans l'épuiser, quel équilibre écologique optimal pour une forêt, quels sont les nouveaux modes de gestion forestière qui s'adaptent à l'écosystème ?

 

Sur différentes mares de la forêts, écologues et biologistes vous sensibilisent à ces zones humides exceptionnelles et fragiles qui parsèment le massif : mares de platières et leurs contraintes, mares sur argiles, plans d'eau artificiels comme la mare aux Évées, usages humains, faune et flore, devenir des mares...

 

Pour l'ONF Fontainebleau, il s'agit à la fois de faire œuvre de pédagogie afin d'expliquer son travail, de sensibiliser le visiteur à l'environnement, mais aussi d'orienter les nombreux promeneurs vers de nouveaux sites moins connus de la forêt domaniale.

Cette application mobile est aussi un bon moyen de valoriser un vaste vivier de personnes-ressources, que nous n'avons pas fini de vous faire entendre !

 

Application mobile « la forêt de Fontainebleau », disponible sur l'Apple Store et sur Google Play Store.

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Médiation culturelle numérique : quelle transmission ?

8 Décembre 2015, 09:27am

Publié par véronique muzeau

Médiation culturelle numérique : quelle transmission ?

Apprend-on vraiment avec les outils numériques de médiation culturelle ou scientifique ? Les utilisateurs s'amusent parfois, ou s'étonnent. Mais l' « effet waouh » est-il une garantie de transmission efficace ?

 

Claire Merleau-Ponty, spécialiste de muséologie et fondatrice du musée en herbe, s'est penchée sur la question de la transmission, dont elle donne une belle définition : remettre à la génération suivante des éléments culturels.

En ce qui concerne les établissements patrimoniaux, cela inclut donc aussi bien le patrimoine matériel qu'immatériel, et le « patrimoine scientifique » : les connaissances. Le savoir, pour employer un grand mot.

Pour elle, l'acte de transmettre vise autant à l'épanouissement qu'à l'éducation et on peut trouver au musée tout autant de « l'enchantement » que de « l'instruction » (d'après une phrase de Paul Valéry).

Comme si l'un n'allait pas sans l'autre en fait. Et c'est sans doute la bonne posture.

 

Pour Claire Merleau-Ponty les nouveaux modes de médiation ont l'intérêt de pouvoir conjuguer plaisir et apprentissage.

En effet, Ils sont souvent ludiques. Mais sont-ils instructifs ?

C'est alors que se pose la question de l'ingénierie pédagogique de ces outils.

Nous l'avons déjà évoquée, avec Antony Auffret, médiateur scientifique de l'association Les Petits Débrouillards Bretagne, qui assume la parenté entre médiation culturelle et enseignement.

 

 

Du plaisir ...d'apprendre, même sans professeur

 

Quand la médiation est directe et se fait en présence d'un spécialiste qui peut interagir avec le public, la transmission de connaissances peut être validée immédiatement par le médiateur. Au besoin, il peut réexpliquer et ajouter une dose supplémentaire de vulgarisation.

 

Mais le problème avec cette médiation indirecte et autonome que permettent les outils numériques, c'est justement l'autonomie.

Qu'est-ce qui nous dit que l'utilisateur ou le visiteur retient quoi que ce soit du jeu vidéo, de l'audioguide, du dispositif immersif ou même quand il suit le profil d'un personnage historique ou fictif sur les réseaux sociaux ? Autant d'outils proposés aujourd'hui par des musées ou des établissements de culture scientifique et technique. Des outils qui sont bel et bien présentés comme outils de médiation, et pas seulement de communication.

Rien en fait ne nous garantit cette passation des connaissances à distance. Il n'y a pas d'interro à la fin. Transmettre du savoir par une vidéo n'est pas tout à fait la même chose que donner un cours en chair et en os.

 

Pédagogie de la médiation par le numérique

 

On peut néanmoins supposer que l'utilisateur a plus de chances de capter un savoir si les concepteurs de l'outil numérique ont quelques notions d'ingénierie pédagogique.

Regardons alors vers les MOOC (Massive Open Online Courses, cours en ligne ouverts à tous), dont l'objectif déclaré est bien d' « enseigner ».

 

Les recherches menées sur ces cours en ligne (dans tous domaines) décrivent un public largement prédisposé à l'apprentissage autonome : des apprenants majoritairement titulaires « d'un diplôme au moins équivalent au master et (…) souvent déjà bien insérés dans la vie professionnelle ».

Bref, le très grand public n'est pas encore concerné par les MOOC. Mais ça va sans doute changer. Surtout si les structures qui les proposent sont identifiées autrement que comme écoles, organismes de formations ou centres d'apprentissage. Quand les MOOC seront très répandus, il leur faudra de grandes qualités pédagogiques pour atteindre leur objectif : enseigner au plus grand nombre.

 

Les musées se sont mis récemment à offrir des MOOC.

D'abord des MOOC de tout petit format mais néanmoins très réussis – 2 minutes environ pour une œuvre ou un objet - que propose le Metropolitan Museum of Art via la Khan Academy. Et le nom de cette fondation indique bien son objectif : former et enseigner à distance, grâce au numérique et au multimédia.

En France, les musées qui se sont lancés dans le MOOC ont carrément proposé des cursus complets sur une thématique très porteuse comme l'Impressionnisme pour le musée d'Orsay ou Louis XIV pour le château de Versailles.

Ce dernier MOOC a bénéficié de l'expertise d'une conceptrice pédagogique, Christine Vaufrey, qu'on retrouve sur le site canadien Thot Cursus spécialisé dans la formation et l'utilisation des outils numériques pour la culture.

Bien sûr, Christine Vaufrey insiste sur le fait que la médiation à distance passe par en fait pas une présence humaine intermittente de l'autre côté de l'écran, pour répondre aux questions, créer et animer les interactions et renforcer les éventuels apprentissages. Mais en dehors des échanges sur les forums et réseaux sociaux du MOOC, les supports sont pour l'essentiel des vidéos. Et elles ont été conçues avec le plus grand soin par toute une équipe d'experts des narrations audiovisuelles ou de l'écriture multimédia ; y compris un spécialiste des audioguides pour adapter le discours à l'oral.

Parce qu'il y avait dès le départ un souhait de transmettre des connaissances, le commanditaire du MOOC a bel et bien pensé « pédagogie adaptée à l'outil numérique ». Ce n'est pas toujours le cas lors de la conception d'autres outils de médiation culturelle proposés au public, même par les musées.

Les contenus audiovisuels, y compris les textes destinés à être lus sur écrans, doivent être conçus en fonction de la spécificité des médias numériques. Si ce n'est pas le cas, le contenu risque de ne laisser aucune trace dans le cerveau du visiteur...

On trouvera sur ce point des éléments de réflexion sur le site du CNDP, par exemple les conseils d'un docteur en psychologie cognitive pour favoriser l'apprentissage par la vidéo.

 

Multiplier les médias pour encourager l'action

 

Quant à l'interaction entre apprenant et contenu, réputée si bénéfique à l'apprentissage, elle peut exister dans les dispositifs numériques, malgré l'absence d'un médiateur humain direct. C'est là que la diversité des médias numériques est un atout. Certains médias impliquent peu ou pas de participation de leur public. D'autres en revanche, comme les réseaux sociaux, en dépendent totalement.

Décliner un sujet sur différents supports permet d'impliquer davantage l'apprenant. Cela suppose aussi la répétition du message, mais sous différentes formes, stratégie éminemment pédagogique !

Le cycle des Rencontres Régionales des Usages du Numérique du Languedoc-Roussillon va d'ailleurs s'intéresser au « Transmédia, un outil participatif pour transmettre » le 9 décembre 2015.

 

Enfin, les chercheurs qui ont creusé le sujet de la transmission des savoirs « à distance » via le numérique, peuvent aussi contribuer au numéro que la Fied (Fédération Inter universitaire de l'Enseignement à Distance) consacrera à cette question.

 

 

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De bons exemples de médiation culturelle numérique

10 Mars 2015, 12:26pm

Publié par véronique muzeau

De bons exemples de médiation culturelle numérique

Pour trouver l'inspiration avant de concevoir ses outils numériques de médiation culturelle, on peut puiser aussi bien dans les médias classiques - télévision ou radio - que dans les médias nés du web, comme les MOOC ou les web-documentaires.

 

Répétons-le encore une fois, il ne sert à rien d'avoir l'application mobile la plus flashy et la plus groovy si on n'apprend rien avec. Trop de gadgets emballent des contenus indigents voire scandaleux. Même sans gadgets : à quoi sert-il d'investir dans de couteux panneaux d'interprétation si l'interprétation est absente et le discours exposé incompréhensible pour le grand public ?

Histoire de Son revendique un véritable travail de médiation culturelle et scientifique = adaptation du média au sujet (pourquoi faire une video qui filme pendant trois minutes une personne qui parle ?) adaptation du discours au média et au public. Mais nous en sommes pas les seuls.

Voici en quelque sorte nos « modèles » dans la médiation culturelle.

 

Une télévision vraiment culturelle

 

Du côté de la TV tout n'est pas à jeter, il y a même des désormais « classiques » du genre vulgarisation.

Les émissions les plus connues : C'est pas sorcier pour les sciences ou encore Palettes pour la peinture, sur Arte, Architectures...sur la même chaîne.

Quand elles ne sont plus diffusées, ces émissions se vendent très bien en DVD et font le bonheur des médiathèques.

Mais le format télévisuel qui permet de traiter un sujet en longueur n'est guère adapté aux visites de musées ou de sites du patrimoine ; bien souvent, il faut s'en tenir au 3 minutes maxi !

 

La radio pédagogique et ludique

 

Les 3 minutes que tient bien la radio, quand elle s'adresse à un public jeune notamment. Et pour ça, mention spéciale au ton très accessible de CO3 la science dans ton chez toi du Mouv ancienne version, ou comment parler science en partant du quotidien et avec humour. Coup de chapeau aussi à Joann Sfar et sa lecture très personnelle de la peinture dans Vous voyez le tableau de France Inter. Il avait trouvé le moyen de rendre la radio très visuelle !

 

Les MOOC version courte

 

Revenons à l'image et lorgnons du côté des MOOC (Massive Online Open Courses) que se sont appropriés certains musées ; ainsi, le fructueux partenariat entre le Metropolitan Museum et la Khan Academy, ça donne des petites vidéos de 3 minutes sur une œuvre filmée sans effet majeur mais avec soin. Et surtout, les commentaires nous épargnent le comédien extérieur à son sujet pour privilégier l'interview du conservateur ou de l'historien d'art. Commentaire qui apporte un point de vue parfois personnel sur l'oeuvre ; très efficace !

 

Les productions des établissements culturels

 

Les établissements culturels se mettent donc logiquement à produire leurs contenus et autres POM (petites œuvres multimédia). Certains ont clairement une vocation pédagogique comme la webtv d'Universcience et ses petites vidéos très bien faites de 2 à 7 minutes environ. D'autres, on peut le regretter, privilégient la communication sans oser la médiation : on se cantonne aux bandes-annonces d'expositions.

 

Les web doc encore en devenir

 

Les web documentaires de médiation culturelle restent rares. Ce format est pourtant plein de promesses en matière de médiation. Le Muséum National d'Histoire Naturelle l'a bien compris avec son herbier 2.0 ou encore le château de Versailles. Mais il est vrai que le web documentaire requiert de gros moyens...

 

Vous pourrez trouver d'autres idées sur la plateforme wiki de Muzeonum, la communauté des Muzeogeeks, tous ces professionnels qui construisent le musée numérique et bouillonnent d'idées.

 

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Outils numériques de visite : équilibrer technologie et contenu

17 Février 2015, 09:32am

Publié par véronique muzeau

Outils numériques de visite : équilibrer technologie et contenu

Depuis quelques années, des outils numériques toujours plus étonnants voient le jour, pour faire visiter des villes, des parcs naturels ou des sites culturels.

Et les collectivités, offices de tourisme, voire les établissements culturels, ont tendance à orienter l'essentiel de leur budget vers la technologie, au détriment des contenus et de la médiation.

Voici des arguments pour les convaincre de rééquilibrer les investissements outils-contenus.

 

Valoriser son originalité pour un tourisme personnalisé

 

Partons d'une donnée majeure du marketing territorial depuis l'irruption du numérique : le tourisme de masse est en perte de vitesse. Le visiteur veut désormais vivre une expérience singulière. C'est l'émergence d'un tourisme « hyper personnalisé ».

 

D'où l'intérêt des découvertes touristiques qui créent un lien avec un territoire. Le territoire et son patrimoine naturel, ses paysages, son patrimoine culturel bien sûr, mais y compris au sens immatériel : les atouts humains du territoire (personnes, pratiques et savoir-faire). Le patrimoine immatériel culturel est reconnu par l'UNESCO : on y trouve aussi bien des danses que des traditions culinaires, des rituels ou des techniques. C'est un atout pour la préservation de ce patrimoine, c'est aussi un atout pour le développement touristique des territoires concernés !

 

À bien y réfléchir, cette personnalisation du tourisme est aussi une chance pour les zones touristiques marginales et les petites structures. En effet, elles pourront faire valoir leur caractère unique et « hors des sentiers battus ». Il s'agira alors de concevoir ses outils de visite et de valorisation du patrimoine comme des pourvoyeurs d'expérience, de souvenirs et de culture. Rien à voir avec le cas des sites de tourisme de masse qui s'arrêtent à la fonction gestion des flux de ces outils.

Même si cet objectif de créer un véritable « compagnon de visite » est bien compris, tout reste à faire cependant pour que l'outil soit réussi et se démarque de celui du voisin.

 

Trop de technologie tue l'outil de visite

 

Cas typique de démarche inachevée : l'application mobile épate les élus et les médias locaux par son caractère apparemment innovant. Elle émoustille le visiteur avec une restitution animée en trois dimensions ou un personnage en « réalité augmentée » surgi dans le décor. Et au final, elle ne transmet rien du territoire ou du site visité.

Ce n'est pas le seul inconvénient des choix qui misent tout sur la technologie.

 

Le prototype qui fonctionne mal

 

Pire, on vous vend un outil numérique vraiment très innovant ; qui va quasiment jouer les machines à téléporter les visiteurs ou à leur faire remonter le temps, et... las ! Une fois en place, le « jouet » refuse obstinément de fonctionner correctement. Ou bien l'ergonomie est si mal pensée qu'elle en devient pénible ! Un mauvais point pour l'expérience utilisateur du visiteur et pour l'image du territoire ou du site.

 

C'est à ce moment là que le commanditaire (collectivité, office de tourisme, établissement culturel) se demande s'il a vraiment bien fait d'investir des milliers d'euros dans la création de cette application. Application certes prometteuse.... mais vraisemblablement encore en cours de développement (ce qui explique peut-être les 6 mois de retard de livraison). Trop souvent, les concepteurs d'outils de visite proposent sans l'avouer des prototypes, et c'est l'argent public qui finance...

 

Le salon Voyage en Multimédia de Saint Raphaël proposait justement le 6 février 2015 un atelier « Réussir le guidage et la mise en scène numérique de son patrimoine culturel ». Au cœur de l'exposé, ce conseil de bon sens à ceux qui veulent créer un outil de visite ludique : en cas de budget restreint, mieux vaut préférer les parcours de jeux bien pensés à partir de technologies simples et déjà développées.

 

La réalité, augmentée mais pas expliquée

 

Autre cas de figure fréquent, une application mobile est mise en place, elle fonctionne, mais.... le contenu est indigent :

  • textes trop longs, trop techniques, trop savants ou bourrés de fautes,

  • enregistrements audio inaudibles et sur-compressés d'un texte « maison » mal lu et pas du tout conçu pour l'oral,

  • photos ternes,

  • vidéo amateur.

Résultat, l'utilisateur a manipulé l'outil mais sans entrer en résonance réelle avec votre territoire ou votre site, sans trouver de véritable sens à sa visite.

 

Le tout techno expose à l'obsolescence rapide

 

L'obsolescence technologique est bien plus rapide que celle des contenus : une belle photo d'un paysage reste belle quoi qu'il arrive, une bonne anecdote bien racontée par un enfant du pays restera savoureuse. Si vous n'avez misé que sur la technologie, votre média d'accompagnement à la visite risque bien de paraître ringard dans 5 ans, ce qui vous contraindra à réinvestir.

 

Éviter la standardisation des visites

 

Même un outil technologique qui semble innovant peut « standardiser » l'image de votre destination, votre territoire ou votre site. Il en va pour les dispositifs de réalité augmentée comme des audioguides. Si l'outil est conçu sans une réflexion sur son contenu (l'identité du territoire ou du site qu'il va servir), il n'y a aucune raison pour que cet outil soit original et personnalisé. On finit par se retrouver avec toujours les mêmes graphismes, les mêmes types de schémas, les mêmes interactions.

 

Audioguides traditionnels et audioguides avec interviews

 

Le cas des audioguides illustre ce problème de standardisation liée à la seule préoccupation de l'outil au détriment du contenu transmis.

Récemment, un article de Slate donnait la parole à Sophie Deshayes, docteure en Sciences de l'Information et de la Communication, qui a consacré sa thèse aux audioguides. Cette chercheuse préconise des contenus audio à base d'interviews d'experts. Autrement dit des historiens, guides-conférenciers, archéologues, géographes... mais les « experts » d'un territoire peuvent être aussi des habitants de longue date qui témoignent de leur vécu.

 

Implication des experts du territoire

 

Histoire de Son est convaincu par son expérience de production de contenus que la transmission et l'intérêt de l'écoute passent par les « vraies gens ». Nous privilégions les séquences audio à base d'interviews de personnes-ressources, issues du territoire ou des structures à visiter, pour plusieurs raisons :

  • La légitimité de parole : qu'il s'agisse de scientifiques ou spécialistes d'un domaine particulier ou d'habitants “experts” de leur territoire.

  • La passion communicative : les spécialistes ou les habitants d'un territoire disposés à parler sont forcément animés d'une grande motivation pour leur sujet. Motivation qui se transmet spontanément dans leur voix et leurs mots.

  • Le ton naturel : bien plus qu'un comédien extérieur qui lira un texte dont il n'est pas l'auteur, la personne-ressource qui explique un concept, un lieu, un savoir qu'elle maîtrise, sait trouver le ton et les mots. D’emblée, la proximité avec l’auditeur peut s’installer.

 

Les limites du « fait-maison »

La question qui se pose à toute structure ou collectivité c'est : puis-je produire en interne des contenus de qualité ?

 

Les compétences spécifiques au multimédia

 

En fait, la réponse est assez simple : à moins de disposer de compétences spécifiques, non.

Si votre personnel communal compte un producteur de contenus multimédia et médiateur culturel chevronné, vous pouvez en effet lui confier les contenus de votre application mobile de visite. Mais sachez que cette production lui demandera du temps, temps pendant lequel il sera indisponible pour d'autres missions.

Si vos médiateurs culturels sont familiers du numérique et enthousiastes, impliquez-les dans l'élaboration des contenus, mais en partenariat avec des prestataires spécialisés.

 

Le développement informatique d'une application numérique ou d'un dispositif technique est un métier (d'ingénieur ou d'informaticien). Il en va de même pour la production d'un discours adressé au grand public, qui retient son attention et lui transmet un message.

Si certains des commanditaires ont une formation initiale à la médiation ou à la vulgarisation, c'est loin d'être toujours le cas. Interpréter, vulgariser et expliquer sont des tâches qui nécessitent un savoir-faire spécifique. Même au-delà du numérique : quand on voit s'étaler sur les panneaux d'interprétation d'une ville touristique de nombreux termes architecturaux sans aucune définition, on reste songeur...

La production de contenus est un métier. Surtout s'il s'agit de contenus multimédias.

 

Les multiples langages de la médiation culturelle

 

Ce n'est pas parce que le commanditaire dispose en interne des compétences pour écrire un cartel d'exposition ou une brochure touristique qu'il saura concevoir des médias audio ou vidéo de qualité.

Vous ne songez pas à envoyer vos films de famille à une chaine de télévision pour qu'elle les diffuse. C'est pareil pour les contenus d'application mobile. Évitez d'infliger à vos visiteurs :

  • des rédactionnels mal conçus, au graphisme tendance mais illisible, avec des textes dignes du journal officiel,

  • l'enregistrement d'une lecture laborieuse et mal rédigée,

  • des photos floues ou surexposées,

  • les images tremblantes de la vidéo réalisée quand vous aviez 5 minutes, entre deux clients de l'office de tourisme.

La création d'un bon contenu multimédia c'est un savoir-faire, ça se paie comme le reste.

 

 

En résumé, mieux vaut un dispositif numérique de visite :

-techniquement simple mais ergonomique et opérationnel, pour une bonne expérience utilisateur et une obsolescence moins rapide,

-au contenu professionnel pour que les visiteurs aient l'impression d'avoir compris quelque chose de votre territoire ou de votre site,

-au contenu riche, pour que l'utilisateur ait le choix, et donc pour pouvoir séduire plusieurs types de visiteurs (jeunes, seniors, CSP +, personnes handicapées, touristes étrangers),

-dont le contenu puisse être enrichi et actualisé régulièrement pour faire durer votre outils de visite.

 

Pour en savoir plus

 

Les audioguides parlent (presque) d'une seule voix, de Pauline Moullot, Slate.fr, 6 janvier 2015.

Réussir le guidage et la mise en scène numérique de son patrimoine culturel, Charles Demoulin, Julien Brouillard, David Lerman, Vivian Vidal, au salon Voyage en Multimédia, 6 février 2015.

La visite des musées, des expositions et des monuments, juin 2012 – CREDOC, Emilie Daudey, Sandra Hoibian, Jörg Müller.

 

 

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Histoire de Son vous souhaite une excellente année 2015

25 Décembre 2014, 20:34pm

Publié par véronique muzeau

Une année pleine de sens, de sons, de culture!

Une année pleine de sens, de sons, de culture!

Quelques voeux pour l'année à venir?

 

  • Que la culture soit enfin une composante à part entière du tourisme!
  • Que le numérique prenne tout son sens avec des contenus de qualité et ne s'arrête pas aux seules prouesses technologiques.
  • Que l'accessibilité universelle soit une donnée incontournable de tous les projets culturels.
  • Que l'imagination fertile des producteurs de contenus rencontre l'ambition culturelle des institutions, collectivités locales, structures privées, quelle que soit leur taille.
  • Que les institutions, collectivités publiques ou structures privées pensent médiation et pas seulement communication.
  • Que le patrimoine immatériel devienne une vraie roue du carosse culturel.

 

Bonne année 2015 à tous !

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Un autre tourisme est possible

13 Novembre 2014, 16:36pm

Publié par véronique muzeau

Le tourisme réussi c'est d'abord l'expérience inoubliable

Le tourisme réussi c'est d'abord l'expérience inoubliable

Ce n'est pas au « premier pays touristique du monde » - la France - qu'on va donner des leçons de tourisme... Et pourtant si ! Le CESE, conseil économique social et environnemental préconise de « repenser le tourisme ». La proximité, la diversification des formes de tourisme et l'ancrage dans les territoires devraient être les axes du tourisme de demain.

 

Du tourisme de masse au tourisme durable

 

Le tourisme en France reste un tourisme « de masse », concentré sur un cinquième du territoire hexagonal alors que les 80% restants ont sans doute des atouts à faire valoir.

Concentré également dans le temps (de juillet à septembre), ce tourisme n'est guère durable : il génère surcharge, surpopulation et surconsommation sur une petite portion du territoire. Il exclut aussi une partie de la population française elle-même. D'où les maîtres-mots pour le nouveau tourisme que le CESE appelle de ses voeux : durable et social.

 

Spécificités et inventivité

 

Pour éparpiller les visiteurs et rendre les vacances plus accessibles, le Conseil préconise une offre plus diversifiée, plus innovante aussi. Les territoires ont des atouts variés, ils doivent pouvoir se distinguer les uns des autres pour étonner les vacanciers. Alors que le CESE souligne la multiplicité des acteurs du tourisme (le fameux « mille-feuille » des Offices, Syndicats, Pays, Agences), on s'étonne en effet que l'offre soit si standardisée. Il faut dire que ces nombreux acteurs collaborent encore assez mal, souligne le Conseil. La concurrence fait rage pour une petite part de gâteau, alors qu'il reste l'essentiel du gâteau à se partager... L'imagination ferait-elle défaut aux acteurs du tourisme ? Ou bien les bonnes idées circuleraient-elles peu ?

 

Proximité et participation

 

En tourisme aussi on peut promouvoir les circuits courts. Une distance moindre réduit les déplacements, donc leur coût et les pollutions qu'ils génèrent. Le temps de tourisme s'en trouve aussi allongé. C'est donc plus durable et plus social. Il ne reste plus au territoire qu'à séduire ses voisins, voire ses propres résidents. Et surtout à conquérir ceux parmi eux qui ne sont pas encore touristes !

Le CESE préconise donc un tourisme accessible à tous, mieux réparti, diversifié, plus proche de la nature et des habitants. Presque une révolution, mais on devrait pouvoir y arriver !

 

Et cette vision c'est bon pour le tourisme culturel.

Certes, le touriste durable appréciera le calme verdoyant d'une campagne hors des sentiers battus. Il s'éclatera physiquement dans des forêts sauvages ou sur des rivières méconnues. Certes, il goûtera certainement la gastronomie locale restée authentique, et il aimera dormir chez les gens du cru.

Mais gageons que le touriste durable aura aussi soif de découverte et donc de culture !

 

Élargissement du champ de la culture

 

Dans son article sur la participation des publics au musée, Sébastien Magro, expert en nouvelles muséographies, évoque nos 250 écomusées et musées de société. Il rappelle au passage que la notion de patrimoine ou d'objet de culture s'est bien élargie depuis les années 1970.

Au delà des oeuvres d'art ou des vestiges archéologie, tout (ou presque) peut être sujet d'étonnement, d'apprentissage et d'émotion : les communautés humaines, leurs pratiques, leur vécu, leurs souvenirs. L'ethnologie est passée par là. Et nous ajouterons le milieu naturel : faune, flore, géologie, géographie. L'écologie a bien poussé.

 

Les outils d'un tourisme accessible et disséminé

 

Les outils numériques permettent depuis quelques années (seulement) de concevoir une transmission et une découverte sans bâtiments, sans même un personnel d'accueil (c'est parfois regrettable) ; on crée ici des « musées promenades » en plein air, on propose là des parcours ou des itinéraires d'interprétation.

Nul besoin désormais d'avoir un arc de triomphe à l'entrée de la ville, ni de bâtir à grand frais un musée. Il suffit en somme de donner du sens à son territoire, quel qu'il soit.

Enfin, il suffit... La mise en valeur d'un patrimoine, son interprétation et sa mise en scène ne s'improvisent pas, bien sûr. La construction des outils numériques de visite est affaire de professionnels y compris leur contenu ! Et le « fait maison » n'est guère souhaitable pour résister à la concurrence des autres territoires. Adapter son discours aux différents médias numériques, interviewer des personnes ressources, connaître les ressorts de la médiation numérique, rendre cette médiation accessible à des visiteurs handicapés, voilà qui suppose un savoir-faire.

 

Mais si la mise en valeur des mille et un trésors culturels ou naturels de la France est réussie, nul doute qu'on pourra répartir les visiteurs dans l'espace et le temps. Nul doute qu'on aura aussi "créé" un supplément de tourisme en qualité et en quantité. Nul doute qu'on inventera un nouveau tourisme plus seulement limité au « bronzage idiot » sur quelques centimètres carrés de serviette.

De toute façon, aurons-nous le choix ?

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Mais pourquoi a-t-on besoin du son?

17 Octobre 2014, 09:17am

Publié par véronique muzeau

Un seul son vous manque, et tout est dépeuplé.

Un seul son vous manque, et tout est dépeuplé.

Le son est tellement naturel que nous avons tendance à oublier qu'il est à la fois un canal de transmission et d'apprentissage et un élément de notre culture. C'est quand le son est absent qu'on se rend compte qu'il nous manque. Mais pourquoi donc ?

 

Parce que nous avons cinq sens, en tout cas ceux qui ont la chance de ne pas souffrir d'un handicap sensoriel.

Essayez de vous rappeler la dernière fois que vous avez regardé une vidéo muette depuis votre mobile, tablette ou ordinateur ? N'étiez-vous pas soudain distrait par la recherche fébrile de la petite icône du haut-parleur ? Et perturbé si cette icône restait introuvable ?

Nous sommes ainsi faits. Le son fait partie de notre expérience permanente. Notre univers quotidien est sonore, même si le son se transforme trop souvent en bruit indésirable ou en pollution sonore. En tout cas, dès qu'un écran s'anime, dès que la vie apparaît même en fac-similé, nous nous demandons : « qu'as-tu à nous dire image en mouvement ? ».

Or, la multiplication des médias, le multimédia et le transmédia ont aussi multiplié les occasions d'être exposé à ces images animées.

 

Le problème, c'est que les apporteurs de visuel n'ont pas forcément les clefs du discours audio : quel message ? Quel langage ? Quelle diction ?

 

Mais quel genre d'accompagnement audio ?

 

Et quand on ne sait pas, on se contente :

-de garder le silence (ça vaut mieux souvent)

-ou de faire de mauvais choix comme celui d'une musique parfois désagréable et en tout cas non signifiante.

C'est oublier que le son apporte une dimension supplémentaire à un message.

Certes, nous ne retenons en moyenne que 20% de ce que nous entendons, 30% de ce que nous voyons. Mais quand nous voyons et entendons un message, alors nous en retenons plus de la moitié !

Ces chiffres varient bien sûr selon les profils d'apprenants ; les « auditifs » seront désavantagés si le son est absent d'une médiation culturelle et scientifique.

 

Le son complémentaire de l'image ou du message écrit

 

Donc, si l'image est un message, elle nécessite sans doute un commentaire, une médiation dirait-on, et il existe des professionnels comme Histoire de Son pour le faire.

Le but est alors de produire du son qui ait du sens, qui interprète, qui construise, qui transmette, qui complète l'image, en captant les échos sensibles du monde : des paroles d'acteurs humains bien sûr, les souvenirs qui font frémir les voix, mais aussi les sons du travail, de la nature ou de la culture. On voit le fendeur d'ardoise, il faut aussi l'entendre, et percevoir le choc du maillet sur le ciseau.

Une anecdote amusante rapportée par Slate.fr pour terminer : le Times diffuse dans sa salle de rédaction le bruit des machines à écrire d'autrefois. Il paraît que ça stimule la productivité des journalistes.

Le son fait partie de notre culture, bien plus que nous le pensons.

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Collectivités : valoriser le patrimoine touristique de son territoire

9 Octobre 2014, 12:44pm

Publié par véronique muzeau

Quel patrimoine valoriser et avec quels outils ?

Quel patrimoine valoriser et avec quels outils ?

Les collectivités qui souhaitent valoriser leur patrimoine à des fins touristiques sont légion dans notre pays qui regorge de monuments, curiosités, vestiges du passé. Toutes ne savent pas forcément par quoi commencer.

 

Analyser son territoire

 

Le problème, c'est même parfois le « quoi ? » : que valoriser exactement ? En clair, qu'est-ce qui fait l'originalité du territoire, sa singularité, par rapport aux autres ? Qu'est-ce qui étonnera et enthousiasmera les visiteurs ?

Les habitants (et les élus) du territoire en question n'ont pas toujours le recul pour répondre à cette question ; ils sont tout simplement « habitués » à côtoyer quelque merveille naturelle ou quelque curiosité culturelle qu'ils ne voient plus comme telle.

Ou bien, ils n'ont pas perçu que leurs pratiques agricoles locales, que leur géologie ou la forme de leurs maisons étaient uniques et exotiques vues de l'extérieur.

Ou encore, ils connaissent le potentiel d'idées originales que couve leur territoire et ils souhaiteraient faire remonter ces idées et les confronter, mais ils n'ont pas les outils pour le faire.

Bref, un regard externe est souvent indispensable avant toute valorisation touristique. C'est ce qu'on appelle la médiation territoriale. Elle s'appliquait au départ aux projets d'urbanisme, mais elle se révèle tout à fait adaptée aux projets de valorisation touristique.

 

Connaître les outils de valorisation

 

Second problème, le « comment » : quels sont les outils pour valoriser le territoire et comment les mettre en œuvre ? Même un simple sentier d'interprétation avec signalétique peut être totalement raté. Si les textes des panneaux sont abscons ou leur vocabulaire trop technique, si le graphisme est illisible (pensez aux visiteurs déficients visuels ! ), si les points d'intérêt manquent...d'intérêt, si les ressources documentaires sont insuffisantes, si l'ergonomie du parcours est discutable (trop long pour les familles, trop accidenté pour les personnes à mobilité réduite, etc.).

Et que dire des outils numériques de valorisation touristique ? Les applications mobiles et autres dispositifs multimédias peuvent parfois briller de mille feux à première vue, mais « bugger » à la première utilisation ou avoir totalement délaissé le contenu (un bel emballage sans cadeau à l'intérieur). Nous connaissons des applications mobiles dont les documents photos sont dénués de légende, d'autres dont les documents audio sont des sons téléphoniques ultra compressés lus par un stagiaire...

Le visiteur pourra alors au mieux s'extasier devant la prouesse technique d'une application mobile, mais il quittera le territoire sans avoir rien découvert ni appris de ce territoire, et sans savoir au juste ce qui pourrait le retenir ou le faire revenir !

En matière de valorisation multimédia, deux types de savoir-faire sont indispensables pour réussir :

  • la technique de développement informatique, pour déterminer les outils pertinents en fonction des usages, des ressources documentaires, des points d'intérêt, des contraintes de connexion...,

  • la technique de médiation culturelle et scientifique, pour savoir adapter le discours au support, à la cible, aux ressources et pour produire un discours à la fois compréhensible et agréable à suivre. Car non, l'écriture audiovisuelle ne s'improvise pas. Non, il ne suffit pas de prendre quelques photos et de lire une notice d'encyclopédie enregistrée avec un dictaphone pour réaliser un contenu satisfaisant.

La médiation culturelle et scientifique audiovisuelle est un métier et la qualité des contenus dépend d'un réel savoir-faire, tout comme l'ergonomie et la fluidité d'une application mobile dépendent d'une compétence informatique.

 

Les élus et décideurs des collectivités qui souhaitent valoriser leur patrimoine ont en fait tout intérêt à suivre des formations sur ces questions. Ne serait-ce que pour réussir les appels d'offre qu'ils lanceront pour la réalisation de leurs outils de valorisation. Trop souvent, ces appels d'offre oublient les ingrédients indispensables à la réussite des projets.

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Les webdocs pour la médiation culturelle du patrimoine

13 Septembre 2014, 12:35pm

Publié par véronique muzeau

Les webdocs pour la médiation culturelle du patrimoine

Le webdoc ou web documentaire, est devenu un genre journalistique à part entière. De nombreux sujets d'actualité sociale, politique, économique sont ainsi traités sous cette forme multimédia. Mais le webdoc peut aussi être un bon outil de médiation culturelle et scientifique. Pourtant, les musées et lieux de patrimoine en font encore rarement usage.

 

Qu'est-ce qu'un webdoc ?

 

C'est en fait un sujet

dont on a traité des angles multiples

à l'aide de différents médias. Dans l'idéal, le webdoc propose le média le plus approprié à chaque angle :

-le son pour un récit de mémoire, l'exposé d'un point de vue, un sujet musical ou linguistique,

-la vidéo pour un sujet qui nécessite d'être à la fois montré et expliqué (processus de création ou de fabrication, analyse d'un mouvement, restitution d'une ambiance),

-le texte écrit pour les informations précises : noms, dates, définitions et informations pratiques,

-les photos, dessins, infographies pour un visuel fixe (plan, détail d'un tableau, schéma explicatif, manuscrit).

 

Bref, le webdoc si on veut, c'est la médiation totale ! Différents langages, différents niveaux de lecture, différents sens sollicités, et tout le monde peut y trouver son compte !

 

Faire entrer le webdoc sur les site internet des musées

 

Pourtant, l'utilisation du webdoc comme outil de médiation n'est guère usité par les musées ou les lieux de patrimoine (culturel ou naturel). Bien souvent, les sites internet de ces structures distillent leur offre « rich média » dans différentes pages ou proposent en vrac des « multimédia », quand ils ne se contentent pas de quelques photos ou d'une simple vidéo qui remplit alors plus une fonction de communication que de médiation.

 

Utiliser le webdoc en scénographie

 

Dans la scénographie, le webdoc reste également rare alors qu'il peut sortir du web pour intégrer les murs des musées ou centres d'interprétation. On trouve souvent sur les bornes multimédia des « serious games » (quizz ou puzzles pédagogiques) ou des visites en 3 D simples. Un webdoc y aurait sa place car il permettrait de proposer au visiteur des contenus complémentaires s'il souhaite approfondir.

Le webdoc est en effet l'outil interactif par excellence puisque le visiteur peut choisir son cheminement dans le documentaire, sélectionner les informations, les scénarios possibles, comme autrefois, les bons vieux « livres dont vous êtes le héros ». Et en matière de pédagogie, qui dit interactivité dit appropriation des connaissances par l'utilisateur. Voilà pourquoi le webdoc est un bon outil de médiation culturelle et scientifique puisqu'il transmet du savoir et qu'il explique.

 

Quelques exemples de webdocs de médiation culturelle et scientifique

 

Certains se mettent donc au webdoc de patrimoine avec bonheur. Pionnière en la matière, la région Aquitaine et son site culturesconnectees, branché depuis longtemps déjà sur la formule webdoc. Le Conseil Général du Puy de Dôme y a pensé aussi pour valoriser la chaîne des Puys.

On dégustera également le plus récent herbier 2.0 du Muséum National d'Histoire Naturelle qui permet d'explorer ses collections botaniques mais aussi ses coulisses.

 

Réaliser son webdoc

 

Il existe des outils pour réaliser un webdoc ; ce sont des plateformes – gratuites ou non - utilisées par les journalistes, donc pourquoi pas par les médiateurs ?

Les prestataires créateurs de contenus (comme Histoire de Son) sont là pour réaliser tout ce qui ne peut être fourni en interne : vidéo, audio, photo, infographies, animations 3 D, jeux, etc.

Reste une exigence de taille pour réaliser un bon webdoc : une histoire ! Le webdoc suppose une narration, donc une mûre réflexion sur ce qu'on veut transmettre et comment. Pour aboutir à un web documentaire cohérent et qualitatif, la réflexion doit être menée conjointement par les médiateurs du site et les prestataires créateurs de contenus.

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