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le Patrimoine culturel accessible à tous avec Histoire de Son

Articles avec #dispositifs de visite

Des contenus audio au musée

21 Mars 2017, 10:29am

Publié par véronique muzeau

Des contenus audio au musée

Quand on aborde la question du son au musée, il faut aller au-delà de l'aspect technique : certes, veiller aux conditions d'écoute est un préalable, mais quid du contenu même de la scénographie sonore ?

 

Sylvain Gire (Arte radio) l'avait fait remarquer : la diffusion de son dans les musées et autres espaces publics est un enjeu fort et souvent mal pris en compte. D'où les séances d'écoute au musée mises en place par sa webradio au centre Pompidou l'an dernier. Un début pour développer la culture de l'audio dans ces lieux.

Le colloque franco-québecois, « Musée en mutation : Logiques économiques, culturelles et sociales » aborde la question parmi beaucoup d'autres : le 30 mars 2017, Judith Dehail (Université Paris-Sorbonne) intervient sur ce thème : «À contresens ? Questionner l’hégémonie du visuel au musée. Le cas des musées de musique du point de vue de leurs visiteurs». Bien sûr, il s'agit ici du cas particulier de la musique, qui est loin d'embrasser l'ensemble des matières sonores.

Cependant, petit à petit, le son dans sa globalité fait son trou dans les musées et expositions. Quand il n'est pas en soi une œuvre d'art exposée comme telle (création sonore), il est essentiellement présenté comme « agent d'ambiance » et outil d'immersion. Outre la musique, les illustrations et paysages sonores - avec idéalement la validation scientifique d'un archéologue spécialisé – investissent de plus en plus les scénographies.

 

Reste à soigner les conditions d'écoute face auxquelles les établissements culturels ne sont pas tous à égalité.

Techniquement, les solutions se multiplient : casques qui se portent au cou, douches sonores, objets parlants (gobelets, coussins), cabines et alcôves pour s'isoler, etc. Les prestataires spécialisés dans la diffusion muséographique sonore font preuve d'imagination ; il est vrai que « donner la parole » à un objet demande parfois un peu d'ingénierie.

Voilà pour le côté technique. Il est incontournable bien sûr, mais insuffisant. S'en contenter serait oublier que le son est aussi un outil de médiation culturelle et scientifique, délicat à manipuler mais doté néanmoins d'atouts séduisants. 

Faire écouter, c'est choisir  

Délicat, c'est vrai. Le son tout seul pour faire le lien avec un public, sans adjuvant écrit ou visuel : carte, infographie, schéma explicatif, inscription des noms propres... Pari risqué ! Que peut retenir le visiteur d'un discours uniquement oral ?
En fait, il y a bien un visuel : l'œuvre exposée ou l'objet de collection, et souvent aussi un cartel explicatif. Le visiteur n'est donc pas exactement seul avec ses oreilles.

Ce qu'il faut surtout bien comprendre c'est que :

le contenu audio est un outil complémentaire des autres outils de médiation. Comme la plus belle fille du monde, il ne peut donner que ce qu'il a.

Vouloir lui faire transmettre trop d'informations est une erreur. Le son ne saurait prétendre à l'exhaustivité. Le son n'est pas un cartel immatériel et encore moins un livret d'exposition audio.

C'est paradoxal, mais la recherche de qualité du contenu audio passe donc par des renoncements.
La médiation audio a ses exigences, il faut s'y plier si on prétend à la qualité (et à l'efficacité). Le son a ses spécificités de formats, d'écriture, de sélection des informations.

Il faudra donc aussi réfléchir au choix des sujets : certains sujets ou certains angles d'approche sont avant tout visuels, on doit renoncer à les mettre en son. D'autres en revanche sont plus adaptés à l'oral qu'à la vidéo (faute d'illustrations appropriées) : récit d'un souvenir, expression d'une opinion, anecdote linguistique... Il faut donc les valoriser par le son plutôt que de vouloir à tout prix les filmer !

Souplesse et intimité

La grande force de l'audio, avec laquelle un musée doit compter, c'est sa souplesse : peu gourmand en mémoire informatique, il est plus léger à stocker et à diffuser qu'une vidéo.

Le numérique permet à un contenu audio de voyager bien au-delà d'un appareil d'audioguidage et des murs d'un musée. La mobilité du son est potentiellement supérieure à celle d'une vidéo et c'est un contenu qu'on peut consulter sans danger en marchant ou en conduisant...La conception du contenu audio doit donc tenir compte de cette hypothèse d'une écoute hors les murs. D'où l'intérêt de la conception universelle d'un audioguide qui intègre par exemple quelques descriptions analytiques pour permettre l'accessibilité à un public déficient visuel...ou simplement non présent devant l'œuvre.

 

Et puis l'audio, c'est le média de l'intime. Il crée avec les visiteurs un lien particulier, voire une fidélité, au-delà du seul temps de visite. C'est particulièrement vrai pour ces musées espagnols qui ont poussé l'ambition jusqu'à créer des radios dans leurs murs ! Mais c'est réalisable facilement avec une webradio ou un réseau social sonore de type soundcloud comme Museumstag qui nous fait écouter les objets de musées allemands. C'est en outre ludique, souvent poétique, ça peut donc être viral. En outre, dans le cas des écomusées et musées de société, faire partager le son des objets d'un patrimoine relève bel et bien de la médiation.

 

Pour renforcer le lien avec ses visiteurs, il est possible de les faire parler pour les intégrer dans la médiation. Ce sera toujours plus facile que de les filmer. Le micro sait se faire discret quand la caméra et ses images suscitent réticences et complexes. On prête toujours plus volontiers sa voix que son visage.

Créativité et liberté

Ainsi en arrive-t-on à des utilisations vraiment créatives et intelligentes de l'audio au musée, comme ce qu'a fait le Moma (musée d'art moderne) de New York il y a quelques années, avec son Artobots qui réinterprétait une exposition de John Chamberlain au Guggenheim et la transformait en exposition « Transformers ».

Et son cousin le San Francisco Moma n'est pas en reste ; les contenus audio de son application mobile de visite proposent en effet :

  • des interviews et commentaires par des personnes ressources aux profils très variés pour des points de vue décalés sur les œuvres ou l'art : artistes, sportifs, auteurs...

  • de l'immersion sonore dans les univers intérieurs ou extérieurs au musée

  • des promenades dans la ville en lien avec l'architecture et l'art

  • une composante sociale avec la possibilité pour les visiteurs de synchroniser leur écoute d'une même séquence pour pouvoir échanger ensuite des impressions sur son contenu.

 

Musées français, n'hésitez pas à faire appel à Tous Curieux/Histoire de son pour, vous aussi, sortir de la préhistoire de l'audioguidage.

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Tourisme : la découverte en tous sens

13 Octobre 2016, 15:10pm

Publié par véronique muzeau

Textures, odeurs, bruits font aussi partie d'un univers culturel à découvrir

Textures, odeurs, bruits font aussi partie d'un univers culturel à découvrir

Conjointement à l'essor du tourisme expérientiel, la visite guidée ou la balade découverte prend du relief et de la chair. Les parcours, accompagnés d'un humain ou d'un outil numérique, se font sensoriels, immersifs, éducatifs, culturels, ludiques... Une pluralité de formes qui présente des intérêts évidents, ou des charmes plus discrets, mais néanmoins cruciaux.

 

Le « sensible », c'est ce qui est perçu par les sens, et c'est aussi un synonyme d'impressionnable et d'émotif. Tout est dit. Partout, les explorations sensibles de territoires, les visites sensorielles de monuments ou de musées se multiplient. On cherche à toucher le visiteur, à l'émouvoir, et plus seulement à le "renseigner".

C'est entendu, on en a déjà parlé dans ce blog,  la visite se fait donc immersive et ultra-accessible grâce aux nouvelles technologies. Les outils mobiles apportent des contenus multimédias (presque) en tous lieux et à tout instant.
Avec quelque matériel en plus, on se plonge encore davantage dans toutes les dimensions sensitives d'une collection ou d'un site : dimension sonore (diffusion multiple, son 3 D ou binaural), visuelle (casques et lunettes de réalité virtuelle), tactile (combinaisons à capteurs) voire olfactive, et pourquoi pas bientôt gustative...

Mais attention, il ne s'agit pas seulement des technologies numériques ; la réalité augmentée n'est pas fatalement virtuelle... simplement, elle s'intéresse à tous les sens.

L'heure est à l'expérience

Et la multi-sensorialité est bien une tendance de fond depuis une dizaine d'année.
Elle touche aussi bien les structures culturelles comme les musées et centres de sciences, que les territoires (villes, sites remarquables, parcs naturels, petites cités de caractère ou autres).

Les pays d'Amérique du Nord et d'Europe du Nord suivent cette piste depuis longtemps, le Canada en particulier.

 

La France semble donc s'y mettre sérieusement. On dirait même que ça va plus vite que dans l'éducation où l'approche sensorielle de Maria Montessori reste encore confidentielle.
Les acteurs du tourisme et de la culture se voient proposer des formations aux visites animées ou sensorielles ou des journées professionnelles sur ce thème.

De petites communes et territoires enclavés sont fières d'offrir ce mode de découverte innovant.

Voilà pour le constat d'engouement ou d'intérêt. Reste à comprendre à quoi sert cette multi-sensorialité.

 

Attirer de nouveaux publics

Avec les visites « animées », on dépasse les classiques visites guidées ou visites conférences, un peu magistrales, plutôt appréciées des seniors, et on peut enfin s'adapter aux familles.

Dans un musée, la scénographie «sensorielle » permet de contextualiser sans déployer de discours savant. Même novice, le visiteur appréhende plus immédiatement une époque, un objet, un personnage par des sons, des odeurs, des couleurs, des matières à toucher, etc.

Et bien entendu, s'adresser à tous les sens du visiteur permet de pallier d'éventuels handicaps sensoriels : une découverte tactile, audio ou olfactive se révèle précieuse en cas de déficience visuelle. Ainsi, ce parcours proposé à Inzinzac-Lochrist (56) est labellisé tous handicaps.

 

Concilier enfin tourisme et culture

Comme le rappelle infatigablement Evelyne Lehalle, les professionnels des deux secteurs peuvent se retrouver sur ce terrain multiforme.
La conception d'une visite sensorielle peut faire travailler ensemble les conservateurs et médiateurs du patrimoine, les artistes, les techniciens multimédia, les prestataires de services touristiques, les scientifiques et les communicants, les collectivités ou organismes publics et les entrepreneurs de la culture, etc. Les structures et sites qui veulent développer ces parcours ont en effet rarement les compétences en interne ; ils sont obligés d'aller puiser leurs ressources hors de leur bulle.

 

Renouveler la communication et lui donner du fond

Certes, le marketing sensoriel est en plein boom et la tentation est grande de s'arrêter à la dimension plaisir et divertissement. Mais ajouter une facette sensorielle à sa communication, c'est aussi fournir une information supplémentaire. Par l'audio naturalisme (cris d'animaux), on découvre plus profondément un milieu naturel. Par l'olfaction, on augmente sa culture œnologique... On ne se contente alors plus de « consommer » un site touristique et culturel, on le comprend, on s'en imprègne !

 

Créer un attachement

Dans le cas d'un territoire, la découverte sensorielle se rapproche de la notion d'« espace vécu » du géographe Armand Frémont. Ce type de visite présente et suscite une subjectivité presque absolue, celle des habitants s'ils sont invités à exprimer, à raconter leur territoire, et celle du visiteur qui va ressentir l'espace de façon encore plus personnelle. Le lien entre habitant ou visiteur et territoire s'en trouve renforcé.

 

À votre tour !

Tout à fait dans cet esprit, quoique centrées exclusivement sur le numérique, les rencontres professionnelles « territoires sensibles » ont lieu les 9 et 10 février 2017 à la bibliothèque départementale des Bouches-du-Rhône, à Marseille, dans le cadre de Chroniques, la semaine des imaginaires numériques.

 

D'autres informations, une assistance à maîtrise d'ouvrage ou la création d'une visite sensorielle numérique ? N'hésitez pas à contacter Tous Curieux / Histoire de son

Site internet

Page Facebook

Compte Twitter : @HistoireDeSon

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Quand le musée se fait promenade

14 Mars 2016, 22:02pm

Publié par véronique muzeau

Quand le musée se fait promenade

Au fond, pour faire un musée, il faut une collection et de la médiation. Le numérique élargit l'espace et rend la médiation culturelle itinérante, accessible et évolutive, jusqu'à transformer le musée en promenade.

 

 

Un seul musée s'est officiellement baptisé musée-promenade, celui de Marly, en référence au parc qui entoure le château et invite en effet à déambuler.

Pourtant, l'appellation pourrait convenir à bien d'autres sites culturels.

Les outils numériques font peu à peu tomber les murs des musées : à l'intérieur, ils en décloisonnent les services, amenés à échanger pour mieux communiquer, notamment sur les réseaux sociaux. Et ils créent avec l'extérieur ce qu'Yves-Armel Martin appelle une pervasivité, une interaction inévitable entre le musée et son environnement.

On peut désormais faire découvrir une « collection » en dehors d'un bâtiment : dans les rues d'une ville, au bord d'une rivière urbaine, voire en pleine nature.

 

Car la notion de collection s'élargit.

Évidemment, quand il s'agit d'œuvres d'art ou d'objets archéologiques, on est souvent bien obligé de protéger la collection dans un lieu fermé. Quoi que...

Prenez les gargouilles d'une cathédrale ou les sculptures qui ornent les bâtiments historiques, elles sont accessibles en plein air et peu menacées de vol.

Tout comme les sculptures monumentales contemporaines de la Vallée des saints (22), du musée de la sculpture en plein air du jardin Tino Rossi à Paris ou encore du musée-jardin consacré au sculpteur Antoine Bourdelle.

Difficile de voler une sculpture en effet.

 

L'art contemporain s'épanouit à ciel ouvert grâce au numérique

 

 

Idem pour les fresques murales, œuvres artistiques présentées aussi dans les musées en plein air comme l'original musée urbain Tony Garnier à Lyon.

On voit depuis peu des parcours « street art », comme à Paris ou Brest, émerger grâce aux cartes interactives, de type Google maps ou Open Street Map.

 

Outre les fresques murales et les graffitis, l'art contemporain expose ses architectures ou installations, comme celles d'Estuaire, parcours pérenne issu d'une biennale d'art contemporain à Nantes.

 

Les musées « classiques » ont conscience de leur fermeture et certains, comme le musée Lorrain, cherchent désormais à élargir leur espace et à s'intégrer dans un plus vaste projet urbain

 

Le musée Lorrain connecté avec son environnement urbain

Du fait de la richesse de leurs contenus, et parce que le taux d'équipement des publics explose, les outils numériques permettent cette médiation culturelle, indissociable du concept de musée.

Et grâce à ces dispositifs -justement mobiles - il devient possible de créer une muséographie dans tout type d'espace, pourvu qu'une médiation culturelle numérique vienne donner sens et cohérence à ce qui est présenté.

 

Collection naturaliste dans son élément

 

La notion de collection est aussi, depuis longtemps, appliquée aux éléments naturels remarquables.

Ainsi, le Géoparc de Digne-les-Bains se présente lui aussi comme un « musée promenade » et le numérique vient valoriser la collection du site, qui mêle en l'occurrence géologie, histoire, enthomologie et art contemporain.

Géoparc de Digne les Bains

L'environnement comme patrimoine

 

Que dire enfin des collections plus immatérielles et plus récemment reconnues comme telles, celles de l'ethnologie ?

Elles intègrent à la fois des objets (du quotidien souvent) et des « modes de vie » : types d'habitats, savoir-faire artisanaux, agricoles ou autres, langues, chants ou musiques régionaux, etc

Il est alors indispensable de présenter au visiteur tout un cadre, tout un espace de vie, en incluant souvent un paysage et un élément naturel, comme une rivière.

 

Ainsi, le musée de la batellerie de Saint Jean de Losne s'est agrandi en plein air pour promener ses visiteurs « sur les pas des mariniers ».

Pour valoriser un patrimoine rural ou artisanal, il existe plusieurs musées de plein air dans lesquels le visiteur circule d'un bâtiment à un autre, d'un potager à un moulin, d'un pressoir à un kanndi (lavoir à lin).

Ainsi, le moulin de Kerouat à Commana (écomusée des Monts d'Arrée), qui vous promène dans une petite vallée au fil d'activités proto-industrielles liées à la force du courant, ou bien le musée de plein air de Villeneuve d’Ascq.

Le musée des maisons comtoises est sans doute le plus célèbre et il joue à plein la carte des outils numériques avec « Time » visite virtuelle à suivre sur tablette ou smartphone et qui a la bonne idée d'être accessible tous handicaps sensoriels.

 

 

Évidemment, la « collection » peut prendre la forme d'un lieu de mémoire, quand il s'agit d'Histoire. Le « musée en plein air » présente alors aux visiteurs le théâtre des événements : c'est le cas du mémorial de Verdun et de son parcours, d'une fortification à l'autre, en passant par le champ de bataille.

 

Là encore, l'outil numérique permet une véritable interprétation du site et du paysage, en toute autonomie pour le visiteur, en toute saison, et d'un coût raisonnable pour la collectivité.

 

Pour une petite commune qui a vu naître ou vivre un peintre célèbre mais qui n'a pas les moyens d'ouvrir un musée en bonne et dûe forme, un outil numérique peut tout à fait

  • convoquer virtuellement les œuvres du peintre,

  • inviter le visiteur à déambuler sur les lieux réels qui ont inspiré l'artiste,

un peu à la manière de ce que fait Gardanne avec son circuit au fil des reproductions sur toiles grand format de Cézanne.

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Paroles de médiateurs culturels #8 : accueillir les publics

9 Octobre 2015, 10:49am

Publié par véronique muzeau

Paroles de médiateurs culturels #8 : accueillir les publics

La médiation culturelle au musée des beaux-arts de Brest, c'est avant tout l'accueil des publics, le plus large possible, et ce même avec une petite équipe.

 

 

 

 

 

Pour Mathilde Pigallet, responsable de l'accueil des publics au musée, la médiation culturelle revient surtout à tisser des liens entre les visiteurs et les œuvres de la collection ou des expositions.

 

Le médiateur sait se faire oublier

 

Servir d'interface, mais sans s'imposer trop... le médiateur doit savoir aussi s'effacer pour laisser place au œuvres.

Pas toujours facile cependant de prendre en compte tous les publics, notamment les visiteurs concernés par les handicaps. Sur le plan de l'accessibilité culturelle, Mathilde reconnaît qu'il y a encore du chemin à parcourir au musée des beaux-arts de Brest.

D'où l'organisation d'une opération Artemix lors des journées du patrimoine 2015 avec l'association Les Petits Débrouillards de Brest et des intervenants exterieurs. Le but de ce Fablab (laboratoire de fabrication) déporté au musée était justement de construire des outils d'accessibilité aux personnes déficientes visuelles.


 

Être inventif avec les moyens dont on dispose

 

Bien sûr, le musée propose les classiques outils de médiation directe : les visites accompagnées et les ateliers jeune public pendant les vacances scolaires.

Sans oublier les animations et événements pour lesquels le musée peut s'appuyer sur son association des amis.

Mais ce recours à la médiation directe est forcément limité quand l'équipe est réduite, comme celle du musée.

D'où l'intérêt des outils de médiation indirecte, notamment numériques : le musée vient de se doter de tablettes tactiles qui permettent des visites en autonomie et enrichies par un contenu audio, photo et textuel. La page Facebook du musée est par ailleurs régulièrement alimentée et animée.

Les enfants reçoivent systématiquement un livret-jeu et peuvent s'installer dans les « quartiers jeune public » disséminés dans les salles du musée : une table avec de quoi jouer, dessiner, créer ...

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Les bricoleurs s'emparent du musée des beaux-arts de Brest

21 Septembre 2015, 17:12pm

Publié par véronique muzeau

Les bricoleurs s'emparent du musée des beaux-arts de Brest

Museomix fait des petits. Pendant les journées du patrimoine, le musée des beaux-arts de Brest s'est fait remixer par quelques médiateurs, bricoleurs et geeks avec l'aide des Petits Débrouillards.

 

Pendant les Journées du patrimoine 2015, l'association des Petits Débrouillards Bretagne a proposé au musée des beaux-arts de Brest Artemix, opération totalement inspirée de Museomix®.

Le principe était donc le même : faire travailler ensemble pendant plusieurs jours dans un musée des médiateurs, des artistes, le publics, les amis du musée, des designers, des bricoleurs.

L'objectif également similaire : réinventer le musée et proposer de nouveaux dispositifs de médiation pour mettre en valeur les collections.

 

 

 

Favoriser l'accessibilité au handicap visuel

 

Le musée a souhaité axer l'opération sur l'impression 3D afin de proposer des dispositifs tactiles pour le public non voyant : reproduire les œuvres pour que les visiteurs déficients visuels puissent les toucher. En particulier les œuvres de la sculpteur ethnographe Anna Quinquaud : le musée en possède un fond important qui plait beaucoup au public.

Les visiteurs apprécient également le dispositif et viennent voir les "Artemixeurs" à l'oeuvre.

 

Le fablab entre au musée

 

Car les Petits Débrouillards font partie du fablab de Brest « les Fabriques du Ponant » dont ils ont apporté deux imprimantes et un scanner 3 D, et d'autres outils encore.

 

 

 

Le musée geek

 

Pour le musée, l'enjeu est aussi de participer à ce mouvement des laboratoires de fabrications et de s'ouvrir aux nouvelles technologies, histoire de dépoussiérer son image.

 

Très concrètement, les objets réalisés vont aussi servir aux médiateurs du musée pour proposer à leurs visiteurs d'autres approches des œuvres. Pour une petite équipe comme celle de Brest, c'est donc une aide précieuse.

 

Pour les Petits Débrouillards, spécialistes de la médiation scientifique, l'enjeu est à la fois de faire découvrir les outils numériques et les technologies nouvelles, mais aussi de faire partager leur savoir-faire en matière de médiation : de la vulgarisation appliquée cette fois aux beaux-arts.

 

Les bricoleurs s'emparent du musée des beaux-arts de Brest
Les bricoleurs s'emparent du musée des beaux-arts de Brest

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Accueil touristique et qualité culturelle

7 Septembre 2015, 15:42pm

Publié par véronique muzeau

Accueil touristique et qualité culturelle

On entend bien quelques cocoricos sporadiques sur la richesse de notre culture ; d'autres sur le développement économique qui lui est lié. Est-on sur la voie d'une véritable intégration de la culture à la politique touristique française ?

 

Dans la torpeur de l'été ou presque (le 2 juillet 2015), deux parlementaires ont déposé un rapport sur l’évaluation de la politique d’accueil touristique de la France. On y trouve 25 propositions très concrètes pour améliorer cet accueil. Le tourisme culturel y a sa place, encore modeste cependant. Ça frémit pourrait-on dire.

 

Il y a notamment cette proposition numéro 22 : « adapter les monuments et musées publics accueillant plus de 500 000 visiteurs par an aux attentes des touristes ». Mais elle consiste surtout à améliorer billetterie, horaires d'ouverture et jour de fermeture. Les rapporteurs proposent la mise en place de médiateurs, par exemple des jeunes en mission de service civique ou en emploi d'avenir. Mais on s'interroge alors : quelle qualité de médiation pourra-t-on en attendre ? De quelle formation bénéficieront ces jeunes ?

 

Quant aux autres outils de médiation du XXIe siècle, les outils numériques, ils sont bien évoqués en proposition numéro 23. Il s'agirait d'utiliser ces outils pour mieux évaluer les flux et diversifier l’offre touristique. Diversifier l'offre, qu'est-ce que ça signifie au juste ?

Le rapport cite l'exemple de l’application HAPI (histoires et anecdotes du patrimoine d’Île-de-France), que la SNCF présente comme « votre guide touristique personnel ». La géolocalisation permet d'alerter les touristes sur leur smartphone pour leur faire des suggestions de visites en fonction de leurs centres d'intérêt. Le tout est teinté de médiation par le biais des anecdotes historiques de l’historien et journaliste Franck Ferrand. C'est très proche de l'application Le Val de Loire vu du train à laquelle contribue Histoire de Son par des interviews de personnes ressources.

 

 

On pourrait ajouter qu'un outil de médiation numérique de qualité peut aiguiller les visiteurs vers des sites moins connus et soulager les plus saturés ; c'est d'ailleurs pour éviter la surfréquentation de certains sites naturels fragiles que l'Office National des Forêts propose dans son application mobile la forêt de Fontainebleau des circuits de découverte naturalistes ou historiques hors des sentiers battus.

 

La médiation culturelle comme expérience réussie

Et justement la proposition numéro 24 du rapport parlementaire évoque Fontainebleau, mais côté château (« reproduire la formule qui fait le succès de Fontainebleau auprès des visiteurs étrangers » ). Le château de Fontainebleau est devenu le 4e le plus visité de France grâce à ses efforts tous azimuts et malgré une desserte compliquée (pas de gare à proximité). Les rapporteurs évoquent entre autres recettes de ce succès : les efforts de médiation. À la bonne heure ! Et le rapport d'évoquer aussi l'impact des événements culturels pour attirer les touristes vers les sites patrimoniaux plus en retrait. Bref, la culture est un moteur.

 

 

Des séjours qui ont du sens

Car si se préoccuper de transport, d'hébergement, de restauration, de signalétique, de gestion des files d'attente et de sourire des hôtesses est important, ça relève du « comment on visite un pays ». Si on se penche sur le « pourquoi on visite un pays », c'est alors qu'on s'intéresse au fond : certains viennent pour les paysages fabuleux et fort variés de l'hexagone, d'autres pour déguster nos plats légendaires, d'autres encore pour les fêtes et festivals... et c'est là qu'on entre dans le vif du sujet. Beaucoup viennent pour la culture. Surtout ceux qui viennent de loin. Et c'est ça qui les ravit le plus !

Sorties et offre culturelle, diversité de l'offre culturelle, musées, monuments et expositions sont les 5 points qui arrivent en tête des motifs de satisfaction des visiteurs d'île de France en 2014 (source CRT Paris Île-de-France). Plus de 93 % des touristes de la région parisienne sont satisfaits de ces aspects de leur séjour. Ils le sont nettement moins de l'accès et des transports, du rapport qualité-prix de l'hôtellerie-restauration ou de l'accueil des habitants.

Selon le mémento du tourisme 2014 de la DGE, le tourisme culturel est la 2e activité des visiteurs étrangers en France après les loisirs et l'agrément. Plus de 35% de ces visiteurs s'adonnent aux visites culturelles, bien avant le shopping qui n'en concerne que 20%.

Musées, spectacles et autres activités culturelles sont l'un des secteurs d'activité du tourisme dont le nombre d'emplois a le plus progressé ces dernières années : + 3% entre 2011 et 2012 (Source : Acoss). Avec un peu plus de 22 000 salariés dans ce secteur, il reste cependant des marges de progression.

 

À la lecture de ce rapport, on se dit donc que, oui, ça frémit du côté d'une politique touristique à base de culture. Il faudrait pourtant insister davantage. Le tourisme en France n'est toujours pas rattaché au ministère de la culture. Evelyne Lehalle, spécialiste du tourisme culturel, faisait remarquer dans son blog qu'en Italie en revanche, c'est le cas. Le patrimoine culturel de la France vaut pourtant bien celui de l'Italie, non ?

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Paroles de médiateurs culturels #7 : créativité !

21 Juillet 2015, 11:32am

Publié par véronique muzeau

Paroles de médiateurs culturels #7 : créativité !

Sans être un créateur, le médiateur culturel doit en tout cas faire preuve de créativité. En médiation directe ou indirecte, la conception des séances et des outils de médiation demande imagination et inventivité. Quant au public, il devient lui aussi... créatif.

 

Inventer sans cesse de nouvelles médiations

 

Quand il joue les intermédiaires entre une création artistique et le public, ou entre un paysage culturel et ses visiteurs, le médiateur culturel doit tout de même créer...du sens. Il doit faire en sorte que le public entre en contact avec l'objet, le milieu, la culture qui lui est présenté(e).

C'est ainsi que le médiateur culturel est amené à concevoir des formes innovantes de visites et de découvertes.

Le médiateur doit sans cesse se renouveler car :

  • Il doit conquérir de nouveaux publics ; sa mission de démocratiser la culture l'exige (et aussi les nécessités économiques...)

  • Il doit s'adapter à la diversité des publics, rendre accessible sa structure aux personnes handicapées, intéresser les scolaires, se faire comprendre des étrangers,etc.

  • Il doit étonner pour fidéliser et faire revenir les visiteurs (nécessité économique encore...)

Elle est donc loin la visite guidée linéaire, d'une œuvre à l'autre, au musée des beaux-arts ou d'un objet à l'autre dans l'écomusée. Désormais, on vous propose presque uniquement des visites thématiques.

Dans le cas de Christophe Le Guern, médiateur de l'écomusée des Monts d'Arrée, il y a tant d'angles pour aborder le territoire et la façon dont on y vivait autrefois, que chaque visite est forcément unique. Tout dépendra des visiteurs et des interactions qu'ils souhaiteront créer.

 

 

 

Pour faire face à la potentielle variété des publics, le médiateur culturel est conduit à :

  • multiplier les niveaux de lecture, de perception et d'information,

  • diversifier les outils et les canaux de médiation,

  • s'adresser aux intelligences et aux sens multiples,

  • assouplir l'utilisation des parcours, des outils, des supports.

 

Même un dispositif de médiation numérique - donc indirecte - est d'autant plus réussi qu'il répond à ces exigences. Voilà pourquoi les applications mobiles fleurissent dans les sites culturels. On peut y mettre aussi bien une animation 3D que du son, des documents d'archives ou des projections futuristes, des visioconférences ou des jeux.

 

Donc, qu'il travaille en musée, dans un service du patrimoine, dans une bibliothèque ou dans une entreprise prestataire, le médiateur culturel est forcément un créatif !

 

Mais en la matière, il se trouve que la création est aussi du côté du public.

 

Transmission par la participation créative

 

Qu'y a-t-il derrière le mot création ? La fabrication déjà.

Depuis qu'on a compris que la médiation culturelle supposait la participation du public, on l'invite fréquemment à agir, à faire. Dans les ateliers de Christophe Le Guern, le public met clairement la main à la pâte et fabrique du pain, des crêpes « à la mode d'antan ». Ici, l'acte de « faire » permet de transmettre un savoir-faire technique. Mais l'atelier donne aussi une idée précise des contraintes quotidiennes qui pesaient sur nos aïeux.

Bien sûr, quand il s'agit d'art, la création signifie aussi « expression ». Et les médiateurs culturels encouragent également fortement cette création : les enfants sont invités à réaliser une œuvre en s'inspirant d'un artiste, ou bien ils fabriquent une maquette inspirée du patrimoine urbain.

Dans les centres de culture scientifique et technique, on peut aller jusqu'à créer son petit jeu électronique, un objet volant ou une sculpture lumineuse. Tout dépend du temps dont on dispose.

Les théories de la pédagogie nous affirment que plus l'implication de l'apprenant est forte, plus l'apprentissage est efficace. On retient 90% de ce qu'on fait selon Edgar Dale.

Et quand bien même le visiteur n'aura rien retenu de la médiation, il aura en au moins gardé...la satisfaction d'avoir créé.

 

 

Histoire de Son propose des formations à la médiation culturelle numérique.

N'hésitez pas à nous contacter.

 

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Les musées peinent encore à séduire les adolescents

19 Mai 2015, 16:59pm

Publié par véronique muzeau

Les adolescents ont une vision dépassée des musées

Les adolescents ont une vision dépassée des musées

Les adolescents perçoivent une image très figée et très restreinte des musées malgré la diversité des établissements et tous leurs efforts de médiation culturelle envers le public jeune.

 

Les chevelures argentées ont-elle dominé la nuit des musées ? La nuit a-t-elle été trop calme et pas assez folle ? Les statistiques nous le diront peut-être dans quelques temps.

En attendant, France Culture a relancé le débat avec sa très bonne enquête multimédia sur les médiations des musées à destination des jeunes.

 

L'âge de choisir ses sorties

 

Le problème c'est déjà que le terme « jeune » est un peu trop large. Entre les enfants de maternelle et les adolescents au seuil de la majorité, c'est le grand écart.

Partons du principe que les plus petits n'ont pas encore l'autonomie de leurs sorties. Concentrons nous sur ce public qu'on dit « difficile » voire « rebelle » : les adolescents. Disons les 14-18 ans. Un âge auquel on affirme ses goûts pour finalement gérer seul ses loisirs et pratiques culturelles.

 

L'importance de l'éducation

 

Les adolescents sont donc assez grands pour choisir d'aller ou pas au musée...quoi que ! Le reportage de France Culture donne la parole à une sociologue, Sylvie Octobre, qui insiste bien sur le poids de la transmission familiale et des pratiques éducatives inscrites dans la petite enfance. La scolarité reste souvent la seule occasion d'aller au musée. Les vacances en sont une autre car les touristes ont davantage tendance à découvrir les musées lointains qu'à passer les portes des musées proches de chez eux. Mais les vacances ne sont pas à la portée de tous.

Les musées ont donc beaucoup travaillé leur accueil des publics scolaires pour concevoir des visites inoubliables. Ils espère ainsi voir les écoliers revenir dans leurs murs, même quand ils auront grandi.

 

L'enquête de France Culture a fait ressurgir un reportage plus ancien (avril 2012) visible sur Francetv education. Certes, depuis 3 ans, les choses ont bougé dans les musées. Cependant, en 2012, la médiation avait déjà beaucoup inventé et dépoussiéré. Pourtant, on est frappé par les idées reçues et clichés émis par ces lycéens de seconde. Ils viennent pourtant d'un établissement parisien et on peut supposer qu'ils sont donc plutôt favorisés socialement et culturellement.

 

Une perception erronée des musées

 

Premier point saillant : dans l'idée de ces jeunes, le musée est un musée des beaux-arts. Le « Louvre, Orsay » sont les seuls cités. Quid des autres pans de la culture ? Des musées de société ou écomusées, des musées de civilisation, des musées plus thématiques ou des établissements de sciences et techniques ? Peut-être ne sont-ils pas identifiés comme musées... et c'est vrai que, souvent, ils en refusent l'appellation préférant celle d' « espace » ou de « centre de découverte ». Sans doute pour s'éloigner du côté « conservateur ».

 

Second point, les adolescents interviewés ne sont pas spontanément attirés par le musée : « ma mère m'a un peu obligée », « j'irais pas toute seule », « ça m'intéresse pas trop » « je peux comprendre que ça n'intéresse pas trop les jeunes de mon âge », « on préfère voir des choses sur internet », « si on n'est pas intéressé, on va vite se lasser », « avec des guides, c'est un peu lent » … Il y a comme une méconnaissance du renouveau de la médiation culturelle muséale.

De même, Théo, 14 ans, que nous avions interviewé récemment dans ce blog, nous confiait son ignorance des nouvelles propositions interactives et participatives des musées.

 

En filigrane, on perçoit dans les yeux de ces jeunes l'image d'un musée figé, voire compassé et réservé aux adultes : « tous les adultes ont l'air intéressé...je pense que ça vient avec l'âge ».

Or, cette dernière impression peut être rédhibitoire à l'âge où on aspire à partager avant tout avec ses pairs. Cette interaction presque exclusive avec les gens de son âge, c'est l'une des spécificités dont doit tenir compte la médiation culturelle adaptée aux adolescents.

La conférence « Adolescents, loisirs et dispositifs de médiation culturelle » de l'Institut National de la Jeunesse et de l'Éducation Populaire (INJEP), en avril 2014, ajoutait d'autres données : une sortie ostensible de l'enfance, la préférence pour un encadrement invisible et des stéréotypes de genre très marqués.

 

 

Alors que faire ?

 

Elargir le champ de la culture

 

Une fois pour toute, il faudrait en finir avec les discours officiels et institutionnels qui limitent la culture à l'art. Que les jeunes qui n'ont pas la fibre artistique puissent être rassurés : oui l'économie c'est aussi de la culture, de même que le numérique ou encore l'écologie, la biologie, l'ethnologie. Chacun doit pouvoir trouver musée à son pied. À cet égard, les expositions thématiques de la Cité des Sciences et de l'Industrie ont largement réussi leur mission, et séduit les adolescents.

Bref, il faut décloisonner ! Pourquoi un musée des beaux-arts s'interdiraient-ils une réflexion sur des sujets de société ou d'actualité explorés à travers ses collections ? C'est une expérience encore trop rare...mais qui pourrait attirer les adolescents ?

 

 

Médiation participative et ciblée

 

Des événements, une actualité comme la nuit des musées, ou des concours de selfies permettent aux visiteurs d'être actifs. On lutte alors contre l'image statique du tableau accroché au mur. Les événements permettent aussi aux adolescents une participation en « bande » voire un échange sur les réseaux sociaux, donc un échange entre pairs.

 

De même, les ateliers créatifs peuvent être un bon moyen d'attirer les adolescents, pourvu qu'ils soient ciblés sur les 14-18 ans, bien distingués des ateliers 10-13 ans, eux-mêmes séparés des ateliers « enfants » ou « familles ».

 

Sortir de l'impératif éducatif : admettre que s'amuser est un droit et qu'on ne doit pas forcément apprendre. On peut fréquenter un musée juste pour le plaisir des yeux ou juste pour commenter les œuvres entre potes et bien rigoler.

 

Des outils sexy comme les nombreux dispositifs de réalité augmentée, jeux vidéos de visite et autres parcours multimédia sont donc appropriés à cette vision ludique du musée. D'autant plus que les ados maîtrisent et apprécient smartphones et tablettes.

 

 

Des humains pour transmettre de la passion

 

Sylvie Octobre précise cependant que tous ces dispositifs multimédia ne sauraient suffire à conquérir un public adolescent.

De même que les jeunes élèves, aussi rebelles soient-ils, suivront avec respect un enseignant passionné, ils peuvent suivre le « guide » ou le médiateur si son enthousiasme est contagieux. Histoire de Son, qui fait parler les acteurs des territoires, des sites ou des établissements culturels, ne dira pas le contraire.

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Paroles de médiateurs culturels #4 : archéologie

8 Mai 2015, 17:09pm

Publié par véronique muzeau

Paroles de médiateurs culturels #4 : archéologie

Un petit fragment de poterie ou un morceau de crâne manquent parfois de sens pour un public non averti. Mais les médiateurs et archéologues savent faire preuve d'imagination et d'invention pour transmettre leurs découvertes.

 

 

L'archéologique et son côté pratique

 

Pour évaluer les trouvailles des médiateurs culturels en archéologie, vous pourrez toujours faire un tour à la rencontre Paleobox du côté de Menez Dregan à Plouhinec (Finistère) le 24 mai 2015.

Après un colloque professionnel, archéologues et médiateurs s'adresseront au grand public. Vous pourrez tenter d'allumer un feu à la mode paléolithique, de tirer au propulseur, de fondre du bronze ou de tailler un os. On vous expliquera aussi comment nos ancêtres chasseurs-cueilleurs tiraient parti de leur environnement végétal et on vous proposera même de jouer les archéologues grâce à des modules qui reconstituent un mini chantier de fouilles.

 

Pour découvrir l'archéologie par la pratique, écoutez aussi ce témoignage d'Yves Guéguen, archéologue de formation et médiateur en archéologie, spécialiste des fac-similés.

 

 

Rien de tel que la pratique pour transmettre, en effet. Le profane peut saisir à pleines mains ce qui lui semblait si lointain. Les intelligences kinesthésiques y trouvent leur compte.

Dans un article paru dans Les Nouvelles de l'Archéologie Xavier Savary (géologue archéologue) souligne cette particularité de la discipline.

Elle mêle les connaissances très spécialisées, les démarches scientifiques les plus pointues (palynologie, géomorphologie, dendrochronologie...), et la pratique la plus...terre à terre, à coup de pelleteuses ou d'outils de dentistes.

Le fait de creuser le sol pour mettre au jour le passé rend peut-être l'archéologue plus concret, qui sait ?

Une céramologue, archéologue – très - spécialisée (dans la céramique et d'une période donnée), peut ainsi déclarer avec modestie que l'une de ses compétences essentielles, c'est d'être douée en puzzles ! Voilà qui nous rapproche du savant.

 

Démonstrations et fac-similés

 

Le succès d'un chantier de reconstitution comme la construction du château fort de Guédelon démontre bien l'avidité du public pour cet aspect concret et pratique. Les ouvriers du chantier participent d'ailleurs à des programmes d'archéologie expérimentale à la demande des chercheurs.

En Allemagne, les sites archéologiques proposent depuis longtemps des reconstitutions à l'identique de bâtiments ou de mobilier et le public peut ainsi s'immerger dans les différentes époques. En France, on avait jusqu'à présent quelques complexes à proposer de tels fac-similés grandeur nature. Comme si les ruines étaient plus pédagogiques...

 

Médiation archéologique et numérique

 

Un récent colloque intitulé L'archéologie à la rencontre des publics s'est justement penché en profondeur sur la transmission et la médiation de la recherche archéologique. Les débats ont évoqué la question des fac-similés y compris...numériques, bien sûr !

 Il faut dire que, quand on a peu à montrer mais beaucoup à raconter, les nouvelles technologies sont salvatrices.

Quelques objets fragmentaires deviennent des pièces complètes, quelques trous de poteaux se transforment en édifices imposants, des villes oubliées renaissent, par la magie de la réalité augmentée.

Interviews audio, ambiances sonores, images, animations 3 D viennent alors sublimer le travail des archéologues.

 

L'exemple le plus abouti de ce bon usage des nouvelles technologies vient d'ailleurs d'être livré aux yeux de tous : la grotte du Pont d'Arc, reconstitution de la grotte Chauvet.

 

Bien sûr, la médiation en archéologie se doit d'éviter des écueils, dont certains lui sont propres : incompatibilité entre conservation et fréquentation, risque de privilégier l'émotion et le spectaculaire au détriment du savoir, questions identitaires et territoriales trop « brûlantes », immensité du patrimoine immatériel, etc.

 

Une chose est certaine en tout cas, comme n'importe quel domaine de recherche - publique qui plus est – l'archéologie se doit aussi de pratiquer la dissémination, la restitution, la transmission et donc la médiation. Autant continuer à le faire avec brio !

 

 

 

Ressources

 

La page facebook de Paleobox

https://www.facebook.com/paleobox?fref=ts

 

Article de Xavier Savary dans les Nouvelles de l'archéologie

http://nda.revues.org/1252

 

Ils bâtissent un château fort : chantier de Guédelon

http://www.guedelon.fr/

 

La grotte Chauvet-Pont d'Arc

http://lacavernedupontdarc.org/

 

Colloque l'archéologie à la rencontre des publics, 26 et 27 novembre 2014,

direction générale des Patrimoines du ministère de la Culture et de la Communication,

www.culturecommunication.gouv.fr/Politiques-ministerielles/Archeologie/Rencontre-des-publics

 

INP Institut national du patrimoine

http://www.inp.fr/

 

Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives)

http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/p-7-Accueil.htm

 

CMN (Centre des monuments nationaux)

http://www.monuments-nationaux.fr/

 

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Paroles de médiateurs culturels #3 : visites sensorielles

24 Avril 2015, 09:19am

Publié par véronique muzeau

Paroles de médiateurs culturels #3 : visites sensorielles

 

 

La visite guidée d'antan disparaît, vive la visite sensorielle ! Qu'il soit accompagnateur direct des visiteurs ou concepteur en amont d'outils pour une visite autonome, le médiateur culturel aime faire appel à tous les sens des publics.

 

Témoignage d'Anaëlle Le Pann médiatrice culturelle à l'écomusée des Monts d'Arrée qui développe particulièrement les visites sensorielles.

 

 

 

Solliciter tous les sens des visiteurs

 

C'est une constante du discours des médiateurs culturels, surtout ceux qui travaillent en écomusées, la visite guidée magistrale c'est fini ; elle est « has been » « ringarde » « dépassée »... La visite accompagnée doit impliquer fortement les visiteurs. On ne se contente plus de poser des questions aux écoliers pour voir s'ils suivent, ou aux adultes pour déceler leurs bases culturelles. Non, le "must" à présent, c'est qu'ils puissent toucher, sentir et même goûter, en plus d'écouter ou de voir.

C'est pareil quand il s'agit de médiation indirecte. Dans les dispositifs de scénographie des collections permanentes ou des expositions, la tendance est au multi-sensoriel.

 

S'adresser aux multiples intelligences

 

La théorie des intelligences multiples d'Howard Gardner semble avoir conquis la médiation culturelle.

On fait ainsi appel à d'autres formes d'intelligence des visiteurs et plus seulement à l'intelligence verbale-linguistique. L'intelligence corporelle-kinesthésique est sollicitée au travers d'ateliers pratiques qui visent à faire reconstituer les gestes du passé. L'intelligence spatiale est valorisée lors d'explorations d'espaces et de manipulations de ces espaces en 3 D. La médiation scientifique n'hésite plus à soumettre des problèmes aux visiteurs et à faire fonctionner leur intelligence logico-mathématique ou naturaliste. La médiation ethnologique valorise souvent l'intelligence musicale-rythmique.

 

Faire participer le visiteur

 

En fait, l'aspect sensoriel n'est bien qu'une facette d'une visite plus largement participative. Tout est là. Le médiateur refuse d'être le guide magistral d'un visiteur passif qui risque de ne rien retenir de son « discours ».

Il ne cherche plus forcément à multiplier les données transmises, mais à améliorer la qualité de la transmission à ses publics.

Dans la même logique, le médiateur culturel ne s'adresse plus uniquement à l'intellect des visiteurs mais aussi à leurs émotions et sensations.

Démarche qui, au passage, permet une plus grande accessibilité des visites : on peut ainsi espérer toucher les personnes atteintes d'un handicap sensoriel voire d'un handicap mental. On peut espérer intéresser un public dénué de tout ce bagage culturel sur lequel on comptait autrefois. La médiation culturelle permet ainsi d'élargir l'accueil des publics.

 

Le médiateur, un savant en retrait

 

Les jeux sérieux qu'ils soient jeux de piste, rallyes d'observation ou de dessin, géocachings culturels, concours d'énigmes, ont fait du visiteur un acteur de sa visite.

Lors d'une médiation directe, le médiateur a désormais pour mission de présenter les outils, les ajuster aux demandes des visiteurs, lancer les débats, équilibrer la participation de chacun, aider les moins autonomes ; et bien sûr, toujours, répondre aux questions.

Pas question donc de se contenter de médiateurs « animateurs ». Ils doivent être particulièrement au fait des connaissances et des dernières découvertes de leur domaine.

Chercheur, le médiateur ? Pas encore, mais il doit être bien informé de l'état de la recherche.

En tout cas, son attitude relève désormais d'un paradoxe : plus que jamais le médiateur culturel est le « savant », mais il ne doit pas trop le montrer...

 

 

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