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le Patrimoine culturel accessible à tous avec Histoire de Son

Articles avec #mediation par les reseaux sociaux

Médiation culturelle numérique : quelle transmission ?

8 Décembre 2015, 09:27am

Publié par véronique muzeau

Médiation culturelle numérique : quelle transmission ?

Apprend-on vraiment avec les outils numériques de médiation culturelle ou scientifique ? Les utilisateurs s'amusent parfois, ou s'étonnent. Mais l' « effet waouh » est-il une garantie de transmission efficace ?

 

Claire Merleau-Ponty, spécialiste de muséologie et fondatrice du musée en herbe, s'est penchée sur la question de la transmission, dont elle donne une belle définition : remettre à la génération suivante des éléments culturels.

En ce qui concerne les établissements patrimoniaux, cela inclut donc aussi bien le patrimoine matériel qu'immatériel, et le « patrimoine scientifique » : les connaissances. Le savoir, pour employer un grand mot.

Pour elle, l'acte de transmettre vise autant à l'épanouissement qu'à l'éducation et on peut trouver au musée tout autant de « l'enchantement » que de « l'instruction » (d'après une phrase de Paul Valéry).

Comme si l'un n'allait pas sans l'autre en fait. Et c'est sans doute la bonne posture.

 

Pour Claire Merleau-Ponty les nouveaux modes de médiation ont l'intérêt de pouvoir conjuguer plaisir et apprentissage.

En effet, Ils sont souvent ludiques. Mais sont-ils instructifs ?

C'est alors que se pose la question de l'ingénierie pédagogique de ces outils.

Nous l'avons déjà évoquée, avec Antony Auffret, médiateur scientifique de l'association Les Petits Débrouillards Bretagne, qui assume la parenté entre médiation culturelle et enseignement.

 

 

Du plaisir ...d'apprendre, même sans professeur

 

Quand la médiation est directe et se fait en présence d'un spécialiste qui peut interagir avec le public, la transmission de connaissances peut être validée immédiatement par le médiateur. Au besoin, il peut réexpliquer et ajouter une dose supplémentaire de vulgarisation.

 

Mais le problème avec cette médiation indirecte et autonome que permettent les outils numériques, c'est justement l'autonomie.

Qu'est-ce qui nous dit que l'utilisateur ou le visiteur retient quoi que ce soit du jeu vidéo, de l'audioguide, du dispositif immersif ou même quand il suit le profil d'un personnage historique ou fictif sur les réseaux sociaux ? Autant d'outils proposés aujourd'hui par des musées ou des établissements de culture scientifique et technique. Des outils qui sont bel et bien présentés comme outils de médiation, et pas seulement de communication.

Rien en fait ne nous garantit cette passation des connaissances à distance. Il n'y a pas d'interro à la fin. Transmettre du savoir par une vidéo n'est pas tout à fait la même chose que donner un cours en chair et en os.

 

Pédagogie de la médiation par le numérique

 

On peut néanmoins supposer que l'utilisateur a plus de chances de capter un savoir si les concepteurs de l'outil numérique ont quelques notions d'ingénierie pédagogique.

Regardons alors vers les MOOC (Massive Open Online Courses, cours en ligne ouverts à tous), dont l'objectif déclaré est bien d' « enseigner ».

 

Les recherches menées sur ces cours en ligne (dans tous domaines) décrivent un public largement prédisposé à l'apprentissage autonome : des apprenants majoritairement titulaires « d'un diplôme au moins équivalent au master et (…) souvent déjà bien insérés dans la vie professionnelle ».

Bref, le très grand public n'est pas encore concerné par les MOOC. Mais ça va sans doute changer. Surtout si les structures qui les proposent sont identifiées autrement que comme écoles, organismes de formations ou centres d'apprentissage. Quand les MOOC seront très répandus, il leur faudra de grandes qualités pédagogiques pour atteindre leur objectif : enseigner au plus grand nombre.

 

Les musées se sont mis récemment à offrir des MOOC.

D'abord des MOOC de tout petit format mais néanmoins très réussis – 2 minutes environ pour une œuvre ou un objet - que propose le Metropolitan Museum of Art via la Khan Academy. Et le nom de cette fondation indique bien son objectif : former et enseigner à distance, grâce au numérique et au multimédia.

En France, les musées qui se sont lancés dans le MOOC ont carrément proposé des cursus complets sur une thématique très porteuse comme l'Impressionnisme pour le musée d'Orsay ou Louis XIV pour le château de Versailles.

Ce dernier MOOC a bénéficié de l'expertise d'une conceptrice pédagogique, Christine Vaufrey, qu'on retrouve sur le site canadien Thot Cursus spécialisé dans la formation et l'utilisation des outils numériques pour la culture.

Bien sûr, Christine Vaufrey insiste sur le fait que la médiation à distance passe par en fait pas une présence humaine intermittente de l'autre côté de l'écran, pour répondre aux questions, créer et animer les interactions et renforcer les éventuels apprentissages. Mais en dehors des échanges sur les forums et réseaux sociaux du MOOC, les supports sont pour l'essentiel des vidéos. Et elles ont été conçues avec le plus grand soin par toute une équipe d'experts des narrations audiovisuelles ou de l'écriture multimédia ; y compris un spécialiste des audioguides pour adapter le discours à l'oral.

Parce qu'il y avait dès le départ un souhait de transmettre des connaissances, le commanditaire du MOOC a bel et bien pensé « pédagogie adaptée à l'outil numérique ». Ce n'est pas toujours le cas lors de la conception d'autres outils de médiation culturelle proposés au public, même par les musées.

Les contenus audiovisuels, y compris les textes destinés à être lus sur écrans, doivent être conçus en fonction de la spécificité des médias numériques. Si ce n'est pas le cas, le contenu risque de ne laisser aucune trace dans le cerveau du visiteur...

On trouvera sur ce point des éléments de réflexion sur le site du CNDP, par exemple les conseils d'un docteur en psychologie cognitive pour favoriser l'apprentissage par la vidéo.

 

Multiplier les médias pour encourager l'action

 

Quant à l'interaction entre apprenant et contenu, réputée si bénéfique à l'apprentissage, elle peut exister dans les dispositifs numériques, malgré l'absence d'un médiateur humain direct. C'est là que la diversité des médias numériques est un atout. Certains médias impliquent peu ou pas de participation de leur public. D'autres en revanche, comme les réseaux sociaux, en dépendent totalement.

Décliner un sujet sur différents supports permet d'impliquer davantage l'apprenant. Cela suppose aussi la répétition du message, mais sous différentes formes, stratégie éminemment pédagogique !

Le cycle des Rencontres Régionales des Usages du Numérique du Languedoc-Roussillon va d'ailleurs s'intéresser au « Transmédia, un outil participatif pour transmettre » le 9 décembre 2015.

 

Enfin, les chercheurs qui ont creusé le sujet de la transmission des savoirs « à distance » via le numérique, peuvent aussi contribuer au numéro que la Fied (Fédération Inter universitaire de l'Enseignement à Distance) consacrera à cette question.

 

 

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Le tourisme de mémoire, son essor, et le rôle du numérique

13 Novembre 2015, 09:24am

Publié par véronique muzeau

Le tourisme de mémoire, son essor, et le rôle du numérique

 

 

Les commémorations du Débarquement et de la guerre de 1914-18 confirment le potentiel du tourisme de mémoire. Son ascension ne fait que commencer et le numérique est un excellent outil pour y contribuer.

 

 

 

Même si sa définition a tendance à s'élargir, le tourisme de mémoire est à la base lié à l'histoire militaire, aux batailles et autres faits d'arme suffisamment récents pour avoir marqué l'histoire familiale des visiteurs.

 

20 millions de touristes de mémoire en France

 

Il paraît que cette pratique ne date pas d'hier. Le concept serait apparu à Waterloo sur les ruines du champ de bataille parcouru au XIXe siècle par les Britanniques, pionniers du tourisme mémoriel. C'est ce que nous apprenait Bruno Colson, historien à l’université de Namur, lors d'une journée d’étude internationale à Waterloo le 7 mars 2015 (propos recueillis par la RTBF). Sur fond de romantisme et de développement des voyages, on s'intéressait soudain au passé guerrier encore inscrit dans les paysages.

 

Les Britanniques restent d'ailleurs la première clientèle étrangère des lieux de mémoire en France. Et 45% des 20 millions de visiteurs* de ces sites viennent de l'étranger : Royaume-Uni, Allemagne, Belgique, Pays-Bas et États-Unis essentiellement.

 

Les indices d'une tendance de fond

 

Le secrétariat d'État au tourisme, associé au ministère de la défense, s'accordent pour pointer les principaux enjeux de ce tourisme particulier :

  • enjeu civique et pédagogique, de la transmission de ce patrimoine aux générations futures,

  • enjeu culturel et touristique qui participe au dynamisme économique des territoires.

 

Le ministère de la défense a d'ailleurs consacré un espace spécifique au tourisme de mémoire au salon mondial du tourisme en 2014. Et les chiffres des enquêtes qu'il a menées en cette année commémorative sont impressionnants : une hausse de fréquentation de 145% pour les 28 sites mémoriels principaux de la seule Normandie. 5,6 millions de visiteurs y sont passés en 2014, contre 2,3 en 2013 !

C'est aussi dans ce contexte qu'Atout France a lancé l'observatoire du tourisme de mémoire.

 

L'observatoire régional du tourisme de Lorraine vient quant à lui de remettre un rapport détaillé sur ce tourisme de mémoire. L'étude des clientèles souligne le profil particulier des touristes mémoriels : une proportion plus élevée d'étrangers, des visiteurs seuls ou en couple, et plus âgés (surreprésentation de la tranche des 50-64 ans).

L'opération « Centenaire de la Première Guerre mondiale » a atteint ses objectifs de conquête de nouveaux publics puisque la fréquentation des sites de tourisme de mémoire lorrains a augmenté de 52% par rapport à 2013. Mieux, le poids des primo-visitants est plus élevé de 13 points parmi les touristes mémoriels par rapport à l’ensemble des touristes en Lorraine.

 

La forêt domaniale de Verdun qui couvre l'un des plus célèbres champs de bataille de la Première Guerre mondiale accueille 350 000 visiteurs chaque année ; mais là aussi, l'effet commémoratif joue à plein et la hausse était déjà de 40% sur les six premiers mois de l'année 2015**. En outre, la forêt est désormais labellisée "Forêt d'exception" par l'Office National des Forêts qui s'investit dans la valorisation patrimoniale de la forêt en partenariat avec les acteurs locaux. L'ONF propose des balades naturalistes dans ses forêts de l'histoire 14-18 avec ses agents en guise de guides.

 

 

Le numérique pour unifier des sites dispersés

 

Quand le tourisme de mémoire concerne un vaste territoire – et c'est souvent le cas – le numérique peut permettre au visiteur à la fois d'en avoir une vue d'ensemble, et d'entrer dans les détails des sites qui l'intéressent. Souvent, le tourisme de mémoire passe par des sentiers ou des circuits d'interprétation.
Les Chemins de mémoire de la Grande Guerre en Nord-Pas de Calais sont ainsi réunis sur un site internet.

Le parcours urbain numérique du Fort d'Issy retrace les combats de 1870-71 lors du siège de Paris par les Prussiens, puis lors de la Commune de Paris à Issy-les-Moulineaux (92).

 

Le numérique permet également la création de parcours thématiques par nationalité (les troupes russes en France), par itinéraire (la ligne de front de la Marne au Chemin des Dames) voire par séjour (trois jours à Lyon).

 

Dans l'autre sens, le numérique permet d'intégrer les sites mémoriels à la valorisation plus générale d'un territoire, à l'instar de la galerie numérique du Parc Naturel Régional du Morvan qui passe par le musée de la Résistance de Saint-Brisson.

 

Matérialiser le patrimoine immatériel

 

La mémoire n'est pas toujours gravée dans les pierres ni marquée dans le paysage. Il ne reste parfois aucun vestige du passé et s'il y en a, ces vestiges ne suffisent pas à comprendre l'histoire des lieux.

C'est justement parce qu'il s'agit beaucoup de ressentis, de souvenirs personnels, donc de patrimoine immatériel, que les outils numériques sont intéressants pour accompagner le tourisme de mémoire.

Ils ont en outre le gros avantage de pouvoir créer des passerelles entre les générations et de favoriser la transmission de la mémoire. Pour caricaturer, ces outils permettent un partage entre les grands-parents familiers du contenu et les petits enfants qui maîtrisent les outils.

La création des médias numériques peut aussi être l'occasion d'une collecte de mémoire, d'un recueil de témoignages des acteurs, tant qu'ils sont encore en vie.

Voici un petit florilège des possibilité de médiation culturelle numérique :

 

  • Audioguides à base de témoignages vécus ou de récits des collecteurs de mémoire comme celui qu'Histoire de Son a réalisé pour le sentier de la Drôle de Guerre à Wangenbourg-Engenthal (Bas-Rhin), en complément des panneaux du sentier d'interprétation.

  • Accès numérique aux documents fragiles et chargés d'émotions : lettres de poilus, journaux de bord, carnets de croquis, cartes et plans d'époque...

  • Applications mobiles immersives, réalité augmentée et reconstitution historique permettent aussi d'attirer un public plus familial comme l’application Arromanches 44 pour revivre le débarquement des soldats canadiens en Normandie en 1944.

 

Voilà pour les outils à utiliser sur place.

 

Mais en amont ou à distance des sites, les réseaux sociaux sont aussi particulièrement adaptés au partage de ces documents mémoriels et à la valorisation des lieux qui s'y attachent.

Le compte Facebook de Léon Vivien, poilu de la Grande Guerre, alimenté et mis en place par le Musée de la Grande Guerre de Meaux a beaucoup fait parler de lui. Le mémorial de Caen s'y est mis aussi, avec le G.I. Louis Castel, doté également d'un compte Twitter. Le mémorial récidive d'ailleurs avec une communauté autour du journal de Suzon, ou encore l'album de Rachel et Hannah décliné aussi sur Twitter et Instagram.

D'autres investissent Youtube comme la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale.

Pour l'institution ou le territoire, l'intérêt des réseaux sociaux est double : allier médiation culturelle et communication.

 

 

Pour approfondir la question

 

« Le tourisme de mémoire, un atout pour les collectivités territoriales ? », colloque interdisciplinaire de l'Institut d’Auvergne du Développement des Territoires (IADT), Clermont-Ferrand, les 9 et 10 avril 2015

 

Le site du ministère de la Défense « Chemins de mémoire »

 

L'observatoire du tourisme de mémoire

 

*chiffres de la DGE (direction générale des entreprises)

**chiffres du Conseil Départemental de la Meuse

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#jourdefermeture, les coulisses des musées

11 Décembre 2014, 17:29pm

Publié par véronique muzeau

le hashtag #jourdefermeture sur Google+

le hashtag #jourdefermeture sur Google+

Que se passe-t-il quand les musées sont fermés ? Le mardi, pour les musées nationaux, le lundi pour presque tous les autres, les lieux sont-ils déserts faute de public ou ont-ils une autre vie ? Un coin du voile se lève grâce au hashtag #jourdefermeture lancé par hasard sur Twitter il y a deux ans.

 

Il est vrai qu'une porte close, c'est parfois frustrant, et comme les visiteurs interpellaient certains musées sur ce jour de fermeture via Twitter, les réponses de ces derniers sont devenues un hashtag et un nouveau moyen de valoriser le travail des équipes de conservation ou d'entretien, les bâtiments, les collections.

 

Un hashtag devenu outil de communication et médiation

 

La communauté des #museogeeks, #Muzeonum, qui rassemble tous ceux qui pensent que le numérique peut apporter beaucoup aux musées, a relayé l'initiative, notamment Sébastien Magro, chargé de projets nouveaux médias au musée du quai Branly, qui évoque même un dispositif de médiation en ligne.

Après tout, comprendre le fonctionnement d'un musée ou d'une institution culturelle c'est aussi s'instruire!

D'autres institutions comme les médiathèques, bibliothèques – ou pourquoi pas les préfectures - seraient bien inspirées de se mettre aussi à raconter leur vie en dehors des horaires d'accueil du public. Ne serait-ce que pour faire taire les mauvaises langues qui pensent qu'on y glandouille.

 

Valoriser les métiers du musée

 

Alors que se passe-t-il dans les musées quand leurs portes sont fermées? Et bien, ça bouillonne, ça fourmille, ça turbine! Formations anoxie ou sécurité incendie, accueil d'étudiants en médiation ou histoire de l'art, ou de collègues étrangers en voyage d'étude, accueil des prestataires et fournisseurs, soclage, déplacement ou entretien des œuvres, et même tournage de série télévisée...Toutes sortes de professionnels vont et viennent, leurs activités sont variées et intenses.

Quand on a baigné dans cette ambiance active du #jourdefermeture, on se dit que finalement, un jour c'est bien court...

 

Immersion sonore dans le Musée des Beaux-arts de Quimper, un mardi

 

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