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le Patrimoine culturel accessible à tous avec Histoire de Son

Articles avec #ingenierie pedagogique

La médiation culturelle par le Mooc

14 Septembre 2016, 14:26pm

Publié par véronique muzeau

La médiation culturelle par le Mooc

 

Les Mooc - massive open online courses – ou formations en ligne ouvertes à tous, se multiplient dans tous les domaines, notamment la culture. Ils sont potentiellement de bons outils de médiation indirecte. Potentiellement.

 

Une curieuse s'était inscrite récemment à un cours en ligne sur une thématique qui la passionnait a priori, que nous tairons par égard pour les producteurs du Mooc, une équipe universitaire.
La curieuse avait un bon niveau d'études supérieures et quelques bases dans différents domaines relatifs à ce thème ; disons une bonne culture générale qu'elle ne demandait qu'à consolider grâce à ce Mooc.
Très enthousiaste, elle attendait de pied ferme les cours en ligne dispensés via la plateforme Fun (France université numérique) sur laquelle elle avait déjà suivi d'autres Mooc avec plaisir et sérieux !
En outre, la formation s'annonçait riche, forte d'un large balayage des différents aspects de la question et d'une pléthore d'enseignants.

Las ! Le Mooc s'est révélé si ardu, si technique, et si peu pédagogique que la curieuse a rapidement lâché l'affaire... avec regret, mais aussi un soupçon de colère lié à cette désagréable impression de « tromperie sur la marchandise ».
La curieuse s'attendait à un grand moment de vulgarisation scientifique et culturelle. Elle a eu droit à un cours parfaitement adapté à des étudiants chevronnés en la matière, désireux de réviser leurs partiels...mais inaccessible à un public non spécialiste, même un peu familier du sujet.

Reste à analyser – à froid – cette déception.
Dans le fond, l'univers des Mooc, en grandissant, se révèle aussi diversifié que l'est déjà le monde de l'éducation. Même s'il y avait au départ l'idée d'enseigner à la  « masse », le ciblage a fini par faire irruption aussi dans la formation numérique. Il est normal après tout qu'il existe des Mooc de spécialisation à côté des Mooc d'initiation.

D'accord, mais à plusieurs conditions

Annoncer la couleur 

Dans tous les cas, l'avertissement ou le préambule du cours doit exposer clairement les pré-requis et les objectifs de la formation. On peut très bien concevoir un Mooc destiné à un niveau Bac + 2 dans une discipline, ou qui nécessite un travail personnel de 5 heures par jour. Encore faut-il clairement l'annoncer pour permettre aux « simples curieux » de passer leur chemin...

Penser l'ingénierie pédagogique en fonction du média

Un doute peut cependant s'emparer de l'élève dérouté : et si cet effet décrochage n'était pas voulu par les concepteurs du Mooc ? Si ces enseignants, sans doute très capables face à leurs étudiants, pensaient réellement être accessibles à un large public ?
Alors le problème est ailleurs ; il vient de la réflexion didactique de l'équipe des formateurs.
Les vidéos proposées duraient une dizaine de minutes, c'est un format courant en Mooc. Mais souhaiter transmettre dans cette courte durée la même quantité d'informations qu'en une heure de cours, c'est une erreur fatale.

Rappelons-le, une nouvelle fois, la vidéo (ou l'audio) n'est pas tout à fait un mode de transmission interactif. Contrairement au cours « en présentiel », le module audiovisuel ne permet pas de communication non-verbale entre le formateur et le formé. Pas de visages circonspects qui trahiraient l'incompréhension de l'élève, pas de main levée pour poser immédiatement une question sur un point obscur.
Les concepteurs du Mooc ont tout simplement oublié des éléments indispensables de la didactique vidéo : répétition et reformulation. Un contenu très dense, débité rapidement dans le temps imparti se révéle finalement très indigeste, même agrémenté de cartes et d'images …

Apprendre à s'exprimer devant la caméra

Une autre faille : l'écriture. Visiblement, les enseignants n'avaient pas été sensibilisés aux particularités de l'écriture audiovisuelle. Phrases interminables et enchâssements le disputaient aux termes techniques non définis, aux tournures alambiquées, etc

Enfin, la caméra, c'est un peu paralysant, convenons-en ; tout le monde n'est pas naturellement à l'aise face à son œil impavide et cruel. Lire un texte sur un prompteur en promenant son regard sur le côté nuit gravement à l'attractivité de la séquence. Une formation de base à l'expression devant une caméra aurait été la bienvenue. À défaut, il aurait fallu un intervieweur pour encourager l'enseignant et favoriser un ton plus naturel. Les seules séquences attractives du Mooc raté étaient d'ailleurs celles réalisées sous formes d'interview.

Terminons positivement, par un bon contre exemple. Les Mooc de Rue89, qui sont des modèles du genre pour l'enseignement des pratiques médiatiques, mobilisent à la fois un scénariste pédagogique, des journalistes, un graphiste, un vidéaste, un commercial, et des intervenants extérieurs. Avec l'appui de Christine Vaufrey, directrice de Mooc&Cie, et notamment conceptrice d'un Mooc de médiation culturelle sur l'Impressionnisme. Elle a toujours insisté sur la nécessité de croiser ces visions et ces compétences.
Le Mooc efficace n'est pas seulement un contenu savant. C'est un contenu pensé, c'est un travail formel.

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Médiation culturelle numérique : quelle transmission ?

8 Décembre 2015, 09:27am

Publié par véronique muzeau

Médiation culturelle numérique : quelle transmission ?

Apprend-on vraiment avec les outils numériques de médiation culturelle ou scientifique ? Les utilisateurs s'amusent parfois, ou s'étonnent. Mais l' « effet waouh » est-il une garantie de transmission efficace ?

 

Claire Merleau-Ponty, spécialiste de muséologie et fondatrice du musée en herbe, s'est penchée sur la question de la transmission, dont elle donne une belle définition : remettre à la génération suivante des éléments culturels.

En ce qui concerne les établissements patrimoniaux, cela inclut donc aussi bien le patrimoine matériel qu'immatériel, et le « patrimoine scientifique » : les connaissances. Le savoir, pour employer un grand mot.

Pour elle, l'acte de transmettre vise autant à l'épanouissement qu'à l'éducation et on peut trouver au musée tout autant de « l'enchantement » que de « l'instruction » (d'après une phrase de Paul Valéry).

Comme si l'un n'allait pas sans l'autre en fait. Et c'est sans doute la bonne posture.

 

Pour Claire Merleau-Ponty les nouveaux modes de médiation ont l'intérêt de pouvoir conjuguer plaisir et apprentissage.

En effet, Ils sont souvent ludiques. Mais sont-ils instructifs ?

C'est alors que se pose la question de l'ingénierie pédagogique de ces outils.

Nous l'avons déjà évoquée, avec Antony Auffret, médiateur scientifique de l'association Les Petits Débrouillards Bretagne, qui assume la parenté entre médiation culturelle et enseignement.

 

 

Du plaisir ...d'apprendre, même sans professeur

 

Quand la médiation est directe et se fait en présence d'un spécialiste qui peut interagir avec le public, la transmission de connaissances peut être validée immédiatement par le médiateur. Au besoin, il peut réexpliquer et ajouter une dose supplémentaire de vulgarisation.

 

Mais le problème avec cette médiation indirecte et autonome que permettent les outils numériques, c'est justement l'autonomie.

Qu'est-ce qui nous dit que l'utilisateur ou le visiteur retient quoi que ce soit du jeu vidéo, de l'audioguide, du dispositif immersif ou même quand il suit le profil d'un personnage historique ou fictif sur les réseaux sociaux ? Autant d'outils proposés aujourd'hui par des musées ou des établissements de culture scientifique et technique. Des outils qui sont bel et bien présentés comme outils de médiation, et pas seulement de communication.

Rien en fait ne nous garantit cette passation des connaissances à distance. Il n'y a pas d'interro à la fin. Transmettre du savoir par une vidéo n'est pas tout à fait la même chose que donner un cours en chair et en os.

 

Pédagogie de la médiation par le numérique

 

On peut néanmoins supposer que l'utilisateur a plus de chances de capter un savoir si les concepteurs de l'outil numérique ont quelques notions d'ingénierie pédagogique.

Regardons alors vers les MOOC (Massive Open Online Courses, cours en ligne ouverts à tous), dont l'objectif déclaré est bien d' « enseigner ».

 

Les recherches menées sur ces cours en ligne (dans tous domaines) décrivent un public largement prédisposé à l'apprentissage autonome : des apprenants majoritairement titulaires « d'un diplôme au moins équivalent au master et (…) souvent déjà bien insérés dans la vie professionnelle ».

Bref, le très grand public n'est pas encore concerné par les MOOC. Mais ça va sans doute changer. Surtout si les structures qui les proposent sont identifiées autrement que comme écoles, organismes de formations ou centres d'apprentissage. Quand les MOOC seront très répandus, il leur faudra de grandes qualités pédagogiques pour atteindre leur objectif : enseigner au plus grand nombre.

 

Les musées se sont mis récemment à offrir des MOOC.

D'abord des MOOC de tout petit format mais néanmoins très réussis – 2 minutes environ pour une œuvre ou un objet - que propose le Metropolitan Museum of Art via la Khan Academy. Et le nom de cette fondation indique bien son objectif : former et enseigner à distance, grâce au numérique et au multimédia.

En France, les musées qui se sont lancés dans le MOOC ont carrément proposé des cursus complets sur une thématique très porteuse comme l'Impressionnisme pour le musée d'Orsay ou Louis XIV pour le château de Versailles.

Ce dernier MOOC a bénéficié de l'expertise d'une conceptrice pédagogique, Christine Vaufrey, qu'on retrouve sur le site canadien Thot Cursus spécialisé dans la formation et l'utilisation des outils numériques pour la culture.

Bien sûr, Christine Vaufrey insiste sur le fait que la médiation à distance passe par en fait pas une présence humaine intermittente de l'autre côté de l'écran, pour répondre aux questions, créer et animer les interactions et renforcer les éventuels apprentissages. Mais en dehors des échanges sur les forums et réseaux sociaux du MOOC, les supports sont pour l'essentiel des vidéos. Et elles ont été conçues avec le plus grand soin par toute une équipe d'experts des narrations audiovisuelles ou de l'écriture multimédia ; y compris un spécialiste des audioguides pour adapter le discours à l'oral.

Parce qu'il y avait dès le départ un souhait de transmettre des connaissances, le commanditaire du MOOC a bel et bien pensé « pédagogie adaptée à l'outil numérique ». Ce n'est pas toujours le cas lors de la conception d'autres outils de médiation culturelle proposés au public, même par les musées.

Les contenus audiovisuels, y compris les textes destinés à être lus sur écrans, doivent être conçus en fonction de la spécificité des médias numériques. Si ce n'est pas le cas, le contenu risque de ne laisser aucune trace dans le cerveau du visiteur...

On trouvera sur ce point des éléments de réflexion sur le site du CNDP, par exemple les conseils d'un docteur en psychologie cognitive pour favoriser l'apprentissage par la vidéo.

 

Multiplier les médias pour encourager l'action

 

Quant à l'interaction entre apprenant et contenu, réputée si bénéfique à l'apprentissage, elle peut exister dans les dispositifs numériques, malgré l'absence d'un médiateur humain direct. C'est là que la diversité des médias numériques est un atout. Certains médias impliquent peu ou pas de participation de leur public. D'autres en revanche, comme les réseaux sociaux, en dépendent totalement.

Décliner un sujet sur différents supports permet d'impliquer davantage l'apprenant. Cela suppose aussi la répétition du message, mais sous différentes formes, stratégie éminemment pédagogique !

Le cycle des Rencontres Régionales des Usages du Numérique du Languedoc-Roussillon va d'ailleurs s'intéresser au « Transmédia, un outil participatif pour transmettre » le 9 décembre 2015.

 

Enfin, les chercheurs qui ont creusé le sujet de la transmission des savoirs « à distance » via le numérique, peuvent aussi contribuer au numéro que la Fied (Fédération Inter universitaire de l'Enseignement à Distance) consacrera à cette question.

 

 

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