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le Patrimoine culturel accessible à tous avec Histoire de Son

Articles avec #valorisation du patrimoine

Marketing territorial et culture en Finistère

15 Février 2017, 17:17pm

Publié par véronique muzeau

Marketing territorial et culture en Finistère

Attribuer une marque à son territoire relève d'une stratégie globale d'attractivité : il est question de développer le tourisme mais aussi d'attirer les entreprises et les habitants. Bref, le marketing territorial a bien pour objectif le développement économique. Et la culture participe à cet essor, comme c'est le cas dans le Finistère.

 

De quoi se compose l'attractivité d'une ville, d'un département, d'une région ?

La réponse qui s'impose d'emblée serait : de « qualité de vie ». Mais quels en sont les ingrédients ? L'incontournable emploi, c'est la base... quoi que, en visant prioritairement les seniors en retraite (dorée si possible) on pourrait s'en passer. Cependant, quel territoire rêve de n'attirer que les plus de 65 ans ?
Tous ont besoin d'une population relativement jeune et active pour espérer que le développement soit durable.

Pour inciter de nouveaux habitants ou investisseurs à s'implanter sur le long terme, il faut donc offrir travail, mais aussi services, équipements, infrastructures...la base, vous dit-on !

Faire battre les cœurs

Mais si ces ingrédients sont nécessaires, ils sont loin d'être suffisants. Aujourd'hui, même quand elle concerne un fromage, une marque est empreinte d'affect, d'émotion, de sensations. Donc, le territoire où l'on rêve de vivre, doit proposer plus que le trio «auto/boulot/dodo ».

Tous les marketeurs vous le diront, qu'ils soient de territoire ou pas, il faut donner envie, faire rêver, promettre des expériences et des moments de vie uniques. Un nouveau terme a vu le jour depuis quelques années : le marketing expérientiel.

De ce côté, le Finistère ne manque pas d'atouts. Paysages à couper le souffle, coefficient maritime maximal (1200 km de côtes) – et qui n'aime pas la mer ? - air pur (on connaît son prix en ce moment), calme, tranquillité, sécurité et faible délinquance...

Marketing territorial et culture en Finistère

S'y ajoute une gastronomie enfin révélée, autour des produits de la mer mais aussi du maraîchage, des élevages qualitatifs, des biscuits pour les gourmands, sans oublier une pléiade de brasseries artisanales. Gastronomie qui relève d'ailleurs d'un plus vaste ensemble : la culture.

Et surtout la culture !

D'autres espaces l'ont compris depuis longtemps et ont assis leur marketing territorial sur des atouts culturels avant tout : c'est notre voisine Nantes et son fabuleux Voyage fait de machines oniriques, esthétiques et scientifiques inspirées de Jules Verne. C'est aussi « Only » Lyon autoproclamée capitale du jeu vidéo, une industrie culturelle française qui brille. C'est encore, à l'échelle de l'Europe, Bilbao qui a fondé sa renaissance sur un lieu d'art contemporain, le musée Guggenheim.

 

En ce qui concerne le Finistère, il faut tout de même jouer finement : sortir de l'image un rien figée voire folklorique qui risquerait de donner du département une identité de « bout du monde » préservé dans le formol, alors qu'il s'agit de convaincre qu'on est en terrain d'expérimentations et d'avant-garde : tout y commence ! On innove, y compris en culture, et on ne s'arrête pas aux seules coiffes bigoudènes rehaussées de binious et (copieusement) nourries de kouign-amann.
L'authentique, c'est bien mais ça sent parfois un peu la poussière … Non sérieusement, la Bretagne, c'est bien pour les vacances, mais y vivre ? Vous n'êtes pas sérieux ?
Et bien si voyez-vous !

 

Evelyne Lehalle, spécialiste du tourisme culturel, avait déjà repéré le volontarisme de la Région Bretagne, plutôt pionnière dans sa façon de conditionner les subventions de chaque projet à la mise en œuvre d'un volet arts-culture.

L'Insee vient d'ailleurs de confirmer la vitalité du secteur dans son portrait statistique de la culture en Bretagne.

 

Quant à notre Finistère...
Pour comprendre les liens entre marketing territorial et culture en restant dans le seul champ du tourisme, on peut consulter ce guide thématique de l'agence de développement touristique du Finistère sur l'adaptation des parcours de visite aux attentes des publics.

Mais on peut aussi explorer plus avant.

Si Tous Curieux/Histoire de son a choisi de devenir ambassadeur de la marque Tout commence en Finistère c'est par conviction que notre département a bel et bien une démarche culturelle dynamique et innovante.

C'est beau, c'est gai, c'est gratifiant !

Pour s'en convaincre, on ira faire un tour au plateau des Capucins qui vient d'être réaménagé et offre à Brest un lieu unique en son genre, où tous les ingrédients de la vie se côtoient : économie, politique, sport...culture. Cette dernière se pose même en phare de ce nouveau « centre ville abrité » puisque la médiathèque y occupe une place de choix, centrale, qu'elle multiplie les accroches pour tous publics : livres, magazines, CD et DVD mais aussi jeux vidéos, jeux de société, toboggan, instruments de musique …

 

En matière d'arts vivants, nous pourrions vous parler aussi du Quartz, la scène nationale brestoise, première de France en fréquentation. On pourrait mentionner également l'étonnant Circonova, festival de nouveau cirque, de sa cousine la scène nationale de Quimper – théâtre de Cornouaille – qui associe création contemporaine pointue et arts de la rue des plus accessibles.

 

À propos de festivals, est-il utile d'en rajouter sur nos autres succès « maison » comme les Vieilles Charrues à Carhaix, l'un des plus gros festivals musicaux d'Europe, ou le Bout du monde qui affiche complet chaque été à Crozon ?

 

On pourrait aussi vous vanter le fonds Hélène et Edouard Leclerc qui a consacré Landerneau en haut lieu de l'art contemporain.

 

Sans oublier toutes ces entreprises qui œuvrent dans les industries culturelles ; ces 168 établissements finistériens qui produisent des biens culturels. Ces artisans d'art qui rayonnent dans le monde entier, comme le brodeur et styliste quimpérois Pascal Jaouen.

 

On a même un « film lab européen » Le Groupe Ouest, qui a pour ambition de soutenir la création cinématographique bretonne et son modèle particulièrement dynamique, en s'appuyant sur des coopérations internationales, avec le Canada ou l'Irlande.

 

Si nos chapelles sont ravissantes, nos mégalithes fascinants, nous avons d'autres monuments ébouriffants, comme le château du Taureau, au milieu de la baie de Morlaix, la Tour Vauban à Camaret, classée au patrimoine mondial de l'Unesco, le château de Trévarez et son domaine où les installations artistiques et scénographies poétiques attirent chaque année plus de visiteurs (on dépasse les 100 000 en 2016).

 

Reste à mentionner les acteurs plus mouvants, pas toujours bien identifiés, que sont les associations, dont certaines ont compris l'intérêt de la marque de territoire pour faire passer leur message. Beaucoup d'entre elles ont un objet patrimonial, artistique ou culturel, telle l'association Comme des chefs qui a choisi la thématique de la gastronomie et propose des événements autour de ce sujet alléchant.
Leur action n'est pas nouvelle mais leur adhésion à Tout commence en Finistère leur donne plus de visibilité. Par « effet de réseau », la marque peut aussi doper leur activité jusqu'à créer de l'emploi. C'est ce qui est arrivé auparavant aux associations à l'origine des festivals musicaux ou des fêtes maritimes (de Douarnenez, puis de Brest).

 

Le maritime, encore une thématique très porteuse, dans laquelle la composante culturelle a su générer une activité, une attractivité : depuis les excursions-explorations écologiques du milieu marin en voilier ou kayak, jusqu'aux centres de découverte comme Haliotika sur la pêche en mer au Guilvinec, en passant par la valorisation du patrimoine maritime, bâti ou navigant. L'équipement culturel le plus visité de Bretagne – apprécié des touristes comme des locaux - n'est autre qu'Océanopolis, centre de culture scientifique consacré aux océans, à Brest.

 

N'en jetons plus, ce chauvinisme breton pourrait devenir irritant. L'important pour nous est de faire tomber les clichés et de vous convaincre qu'en matière de culture, on donne moins dans la conserverie que pour nos sardines. Même à l'extrême bout du monde, tout peut commencer...

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Tourisme culturel et numérique, médiation du patrimoine en février 2017

30 Janvier 2017, 16:40pm

Publié par véronique muzeau

Tourisme culturel et numérique, médiation du patrimoine en février 2017

Un mois court mais dense... en particulier du côté des rendez-vous autour de l'audio.

Culture sonore

Les apéros sonores sont des séances publiques d’écoute radiophonique tous les premiers mercredis des mois pairs à 19 heures dans les bars nantais ; le prochain a donc lieu le mercredi 1er février 2017 à L’Art Scène à Nantes (44) et il portera sur « Les animaux, parce qu’ils devraient être plus nombreux. »

 

C'est parti pour le Festival Longueur d'ondes de la radio et de l'écoute à Brest (29), jusqu'au 5 février 2017. On y croise aussi bien des fortes personnalités du micro que de discrets mais efficaces documentaristes sonores ou encore les âmes des radios associatives.
Un événement en harmonie avec la Semaine du son qui propose de redécouvrir son ouïe au travers d'animations partout en France et en Belgique, parfois jusqu'à la fin du mois.

 

Ainsi, le concours de Mixage Fou vous propose de réaliser des petites œuvres en détournant sa banque sonore sur le thème de la biodiversité. C'est ouvert à tous et c'est jusqu'au 5 mars 2017.

 

Du 17 au 19 février 2017, c'est en Suisse à Bern qu'on pourra laisser traîner ses oreilles au sonOrh festival de la création sonore. Au programme : documentaires, concours, et même une pièce radiophonique érotique...

 

Tourisme culturel

Au carrefour de la culture, du tourisme et du numérique, Territoires sensibles, ce sont des journées professionnelles consacrées à la mise en récit du territoire, en particulier via des démarches artistiques innovantes. 
Ces rencontres ont lieu les 9 et 10 février 2017 à Marseille (13).

 

Valorisation des patrimoines

Archipédie est une encyclopédie numérique collaborative sur l’architecture tout juste en train de naître... et pour l'occasion une table-ronde “Enseigner l’architecture à l’ère des réseaux de savoirs et des humanités numériques” est organisée le mercredi 15 février 2017 à la Cité de l'architecture et du patrimoine (Paris).

 

« Sauve Qui Peut », c'est le nom d'un colloque consacré à la protection des biens culturels, jeudi 16 février 2017, à Dijon (21). Il y sera question des bâtiments, objets, sites archéologiques, monuments ou collections du patrimoine culturel et de leur pérennité, y compris le patrimoine de proximité. Le colloque n'oublie pas cependant le virtuel et aborde la nouvelle question des archives numériques.

 

Virtual reality, du 24 au 26 février 2017 à Paris, est le salon de la réalité virtuelle et des technologies immersives.
Une partie de l'événement est réservée aux professionnels, mais il ouvre ses portes au grand public tout le week-end et propose de tester les innovations qui pourraient réinventer notre quotidien. Tous les domaines sont concernés : santé, industrie, éducation, loisirs et bien sûr le tourisme et la culture !

 

L'UDPN est le réseau des acteurs de la numérisation du patrimoine et usagers des patrimoines numérisés : conservation, médiation, éducation, création et recherche. Il propose un séminaire itinérant dont la prochaine séance est consacrée à « La modélisation du développement d’applications "durables" pour la mise en valeur du patrimoine muséal », lundi 27 Février 2017 au Centre Pompidou, Paris.

 

Culture, handicap et accessibilité

Les Assises nationales "Droits culturels et politiques publiques", le 24 février 2017, au Sénat à Paris aborderont les questions de la participation de tous à la vie culturelle et de l'égal accès au service public de la culture, sa continuité, et son adaptabilité, en particulier pour les personnes souffrant de différents handicaps physiques, mentaux ou psychiques.

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Tourisme : la découverte en tous sens

13 Octobre 2016, 15:10pm

Publié par véronique muzeau

Textures, odeurs, bruits font aussi partie d'un univers culturel à découvrir

Textures, odeurs, bruits font aussi partie d'un univers culturel à découvrir

Conjointement à l'essor du tourisme expérientiel, la visite guidée ou la balade découverte prend du relief et de la chair. Les parcours, accompagnés d'un humain ou d'un outil numérique, se font sensoriels, immersifs, éducatifs, culturels, ludiques... Une pluralité de formes qui présente des intérêts évidents, ou des charmes plus discrets, mais néanmoins cruciaux.

 

Le « sensible », c'est ce qui est perçu par les sens, et c'est aussi un synonyme d'impressionnable et d'émotif. Tout est dit. Partout, les explorations sensibles de territoires, les visites sensorielles de monuments ou de musées se multiplient. On cherche à toucher le visiteur, à l'émouvoir, et plus seulement à le "renseigner".

C'est entendu, on en a déjà parlé dans ce blog,  la visite se fait donc immersive et ultra-accessible grâce aux nouvelles technologies. Les outils mobiles apportent des contenus multimédias (presque) en tous lieux et à tout instant.
Avec quelque matériel en plus, on se plonge encore davantage dans toutes les dimensions sensitives d'une collection ou d'un site : dimension sonore (diffusion multiple, son 3 D ou binaural), visuelle (casques et lunettes de réalité virtuelle), tactile (combinaisons à capteurs) voire olfactive, et pourquoi pas bientôt gustative...

Mais attention, il ne s'agit pas seulement des technologies numériques ; la réalité augmentée n'est pas fatalement virtuelle... simplement, elle s'intéresse à tous les sens.

L'heure est à l'expérience

Et la multi-sensorialité est bien une tendance de fond depuis une dizaine d'année.
Elle touche aussi bien les structures culturelles comme les musées et centres de sciences, que les territoires (villes, sites remarquables, parcs naturels, petites cités de caractère ou autres).

Les pays d'Amérique du Nord et d'Europe du Nord suivent cette piste depuis longtemps, le Canada en particulier.

 

La France semble donc s'y mettre sérieusement. On dirait même que ça va plus vite que dans l'éducation où l'approche sensorielle de Maria Montessori reste encore confidentielle.
Les acteurs du tourisme et de la culture se voient proposer des formations aux visites animées ou sensorielles ou des journées professionnelles sur ce thème.

De petites communes et territoires enclavés sont fières d'offrir ce mode de découverte innovant.

Voilà pour le constat d'engouement ou d'intérêt. Reste à comprendre à quoi sert cette multi-sensorialité.

 

Attirer de nouveaux publics

Avec les visites « animées », on dépasse les classiques visites guidées ou visites conférences, un peu magistrales, plutôt appréciées des seniors, et on peut enfin s'adapter aux familles.

Dans un musée, la scénographie «sensorielle » permet de contextualiser sans déployer de discours savant. Même novice, le visiteur appréhende plus immédiatement une époque, un objet, un personnage par des sons, des odeurs, des couleurs, des matières à toucher, etc.

Et bien entendu, s'adresser à tous les sens du visiteur permet de pallier d'éventuels handicaps sensoriels : une découverte tactile, audio ou olfactive se révèle précieuse en cas de déficience visuelle. Ainsi, ce parcours proposé à Inzinzac-Lochrist (56) est labellisé tous handicaps.

 

Concilier enfin tourisme et culture

Comme le rappelle infatigablement Evelyne Lehalle, les professionnels des deux secteurs peuvent se retrouver sur ce terrain multiforme.
La conception d'une visite sensorielle peut faire travailler ensemble les conservateurs et médiateurs du patrimoine, les artistes, les techniciens multimédia, les prestataires de services touristiques, les scientifiques et les communicants, les collectivités ou organismes publics et les entrepreneurs de la culture, etc. Les structures et sites qui veulent développer ces parcours ont en effet rarement les compétences en interne ; ils sont obligés d'aller puiser leurs ressources hors de leur bulle.

 

Renouveler la communication et lui donner du fond

Certes, le marketing sensoriel est en plein boom et la tentation est grande de s'arrêter à la dimension plaisir et divertissement. Mais ajouter une facette sensorielle à sa communication, c'est aussi fournir une information supplémentaire. Par l'audio naturalisme (cris d'animaux), on découvre plus profondément un milieu naturel. Par l'olfaction, on augmente sa culture œnologique... On ne se contente alors plus de « consommer » un site touristique et culturel, on le comprend, on s'en imprègne !

 

Créer un attachement

Dans le cas d'un territoire, la découverte sensorielle se rapproche de la notion d'« espace vécu » du géographe Armand Frémont. Ce type de visite présente et suscite une subjectivité presque absolue, celle des habitants s'ils sont invités à exprimer, à raconter leur territoire, et celle du visiteur qui va ressentir l'espace de façon encore plus personnelle. Le lien entre habitant ou visiteur et territoire s'en trouve renforcé.

 

À votre tour !

Tout à fait dans cet esprit, quoique centrées exclusivement sur le numérique, les rencontres professionnelles « territoires sensibles » ont lieu les 9 et 10 février 2017 à la bibliothèque départementale des Bouches-du-Rhône, à Marseille, dans le cadre de Chroniques, la semaine des imaginaires numériques.

 

D'autres informations, une assistance à maîtrise d'ouvrage ou la création d'une visite sensorielle numérique ? N'hésitez pas à contacter Tous Curieux / Histoire de son

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Les associations popularisent l'archéologie

10 Juin 2016, 09:52am

Publié par véronique muzeau

Des journées de l'archéologie 2016 très démonstratives à Locronan

Des journées de l'archéologie 2016 très démonstratives à Locronan

À l'approche des journées nationales de l'archéologie 2016, intéressons-nous à ces associations, de plus en plus nombreuses et très actives, qui facilitent grandement la médiation et la découverte archéologique auprès du grand public.

 

On dirait un foisonnement, comme à la fin des années 1970, quand sont nées toutes ces associations de patrimoine dédiées en priorité à la sauvegarde de bâtiments ou de sites.
Elles sont légion en France, la fédération patrimoine environnement revendique plus de 3500 associations adhérentes dans ce domaine !

Depuis le début des années 2000, la thématique archéologique semble avoir le vent en poupe.
Et les associations qui la portent se montrent très innovantes en matière d'actions et d'événements à destination du grand public, bien loin des sociétés savantes de la fin du XIXe siècle qui se limitaient presque exclusivement aux chercheurs et scientifiques.

 

Dans le Finistère, nous avons quelques beaux exemples de ces associations d'un nouveau style.

Dans la famille « troupes de reconstitution », Letavia est spécialisée dans le Haut Moyen Âge (ou l'Antiquité tardive) en Bretagne. Ses bénévoles passionnés replongent le public dans ces temps « obscurs », en tout cas méconnus, en reconstituant au plus près les ateliers, habitats, vêtements, repas, objets et gestes du quotidien de l'époque.

Plus transversale, la compagnie Dagorlad est autant un club de sport qu'une association de chercheurs consacrés aux arts martiaux historiques. Ses membres effectuent eux-mêmes des recherches documentaires très pointues pour reconstituer les techniques et postures de combat ou l'équipement et l'armement des époques anciennes dans toute l'Europe, jusqu'aux vikings.

 

Une véritable démarche scientifique de recherche

 

C'est surtout leur souci de véracité et de recherche qui donne toute sa crédibilité à la démarche de ces associations.

Elles comptent d'ailleurs parfois des professionnels de la recherche scientifique, et singulièrement de l'archéologie, en leur sein. 

Ainsi Les Mémoires du Kreizh Breizh, association qui valorise le passé du centre Bretagne compte deux archéologues parmi ses quatre salariés. L'association revendique d'ailleurs deux activités : la médiation et la recherche.

Côté médiation, elle sera l'un des fers de lance des Journées Nationales d'Archéologie dans la région, en proposant trois conférences le samedi sur les fouilles et les découvertes archéologiques locales, et un circuit balade le dimanche à la découverte des voies antiques autour de Carhaix.

 

Et les archéologues font donc appel à ces associations pour la pratique de l'archéologie expérimentale. Il s'agit souvent de faire reconstituer un geste technique, la fabrication d'un objet, pour en comprendre le fonctionnement ou valider une hypothèse.
Le chantier de reconstitution du château fort de Guédelon en est un exemple emblématique à grande échelle, mais les associations ont leur part aussi !
Notamment parce qu'elles comptent parmi leurs membres de véritables artisans-chercheurs, passionnés par leurs techniques et par l'histoire.
Ainsi Benjamin Simao, luthier « antique » de l'association Letavia travaille aussi régulièrement avec des musées en archéologie expérimentale musicale.

Des propositions de médiation culturelle innovantes

 

Une autre toute jeune association du Finistère spécialisée dans la paléo-métallurgie en Armorique, Ar Seizh metal, s'apprête à pratiquer ce type de « recherche en situation » à l'occasion des JNA, à Locronan.
Comptant parmi ses membres des artisans d'art passionnés d'histoire, l'association proposera au public d'assister à des
démonstrations de métallurgie de l'âge du Bronze.

S'y ajoutent des conférences d'archéologues à propos de l'exploitation et du travail du métal à cette période (-2000/-800) en Armorique, et sur les liens avec les Cornouailles britanniques dans le domaine de la métallurgie de l'étain (un des composants du bronze).
L'association créée en décembre 2015 lance également un financement participatif pour éditer un livret multimédia sur l'histoire du métal en Bretagne, associé à une application mobile, il proposera un contenu augmenté en vidéos.

 

Les 17, 18 et 19 janvier 2016, ce sont des dizaines d'associations qui vous proposent des découvertes de sites fouillés et des reconstitutions expérimentales en tout genre : fabrication et lancer de flèches du paléolithique, charpente navale du XVIIe, festins préhistoriques, gaulois, byzantins ou dégustation mérovingienne, artisanat antique, tissage de lin ou mouture de grain néolithique, combat romain, frappe de monnaie, réduction du fer gallo-romaine, initiations aux techniques de recherche en carpologie ou céramologie... sans oublier les spectacles et les rallyes archéologiques, ou les ateliers destinés aux enfants qui susciteront peut-être des vocations d'archéologues.

 

Il s'agit là de médiation directe mais les associations jouent également un rôle important toute l'année en médiation indirecte. Tous Curieux / Histoire de son fait régulièrement appel à ces personnes ressources passionnantes pour les contenus numériques de visite, audio ou vidéo, et elle les en remercie !

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Tourisme culturel et numérique, médiation du patrimoine en mai 2016

29 Avril 2016, 11:41am

Publié par véronique muzeau

Tourisme culturel et numérique, médiation du patrimoine en mai 2016

 

 

 

Voici l'agenda du joli mois de mai pour ceux qui s'intéressent à la médiation culturelle et scientifique, en particulier accessible et numérique.

 

Culture et patrimoine tout public

 

*Jusqu'au 14 mai 2016, le Festival Interstices continue à Caen, autour des arts sonores et visuels, de l'alliance de la création contemporaine et des technologies.
 

*Au sein du festival Brouillage, du 2 au 7 mai 2016 à Paris, ce sont la création radiophonique et le spectacle vivant qui se rencontrent sur la scène du théâtre La Loge et sur les ondes de Radio Campus Paris.

 

*Du 4 au 6 mai 2016 à Lyon, le forum européen de la culture de demain est le temps fort de l'European Lab, une plateforme de réflexion sur l'innovation culturelle ouverte à tous. Le forum est donc ouvert aussi, même s'il comporte un volet professionnel. Il a aussi le mérite d'aborder la culture au sens large ! Il est même doté d'un plateau média propre : radio lab.

 

*Le 9 mai 2016 à Paris, une Up Conference est aussi consacrée au « futur de la culture », entendue ici dans son sens plus restreint, essentiellement artistique. Le débat portera essentiellement sur les modèles économiques de la culture de demain et les innovations sociales qui pourraient en sortir.

 

*Le 18 mai 2016 c'est la journée internationale des musées de l'Icom (International Council of Museums). 35000 musées y ont participé l'an dernier. En France, seul le musée Canel de Pont-Audemer signale sa participation cette année. Le thème "musées et paysages culturels" sera aussi celui de la prochaine conférence générale de l'Icom du 3 au 9 juillet 2016 à Milan. 

 

*Le 21 mai 2016, c'est la 12e Nuit européenne des musées.
Plus de 3000 musées, répartis dans plus de trente pays en Europe, y participent en proposant des animations ou au moins un accès gratuit en nocturne.
En France, l'an dernier 1265 musées ont accueilli environ deux millions de visiteurs et proposé 2700 animations spéciales.

En parallèle, les écoliers peuvent participer à l'opération d'éducation artistique et culturelle "La classe, l'œuvre !" en s'appropriant un patrimoine commun et en le restituant auprès de leurs pairs et de leurs proches.

 

 

Valorisation numérique des patrimoines

 

*Révolution ou transposition ? Les patrimoines numérisés au prisme de leurs utilisations, c'est le thème d'un séminaire de recherche organisé le le 3 mai 2016 à Paris par le réseau UDPN (usages des patrimoines numérisés). Un temps de réflexion sur la vaste numérisation du patrimoine et des contenus culturels en cours dans les bibliothèques, musées, maisons d'édition ou de production. Quelles sont les évolutions qu’elle engendre dans les pratiques et les représentations ?

 

*La valorisation numérique des patrimoines sera l'un des thèmes du SIPPA, Salon International des Professionnels des Patrimoines, les 26 et 27 mai 2016, à Arles. Parmi les conférences et ateliers : 

  • L’Archéologie des médias : quel avenir pour le patrimoine numérique ? 

  • L’apport du numérique à la muséographie, l’exemple du Museon Arlaten (Arles) et du futur Musée de la Romanité (Nîmes).  

     

 

Médiation culturelle

 

*L'école d'études sociales et pédagogiques de Lausanne propose une journée de formation continue sur la médiation culturelle ou l'art de constituer des publics, avec des conférences le matin, des ateliers l'après-midi, une projection de film, un apéro dinatoire et une soirée musicale, le 18 mai 2016 à Lausanne (Suisse).


*Il est surtout question de la communication des musées, mais aussi de leur médiation au colloque national de doctorants Exposition(s) et média(s) : enjeux d’une dialectique actuelle les 26 et 27 mai 2016 au Musée d'Aquitaine de Bordeaux. Les participants privilégieront quatre axes de recherche: l’exposition comme média, les médias dans l’exposition, la médiation de l’exposition et la médiatisation de l’exposition. Le colloque sera aussi l'occasion de créer un collectif de doctorants, de chercheurs confirmés et de professionnels de la culture et de la communication autour d’une problématique partagée.

 

Tourisme culturel

 

*Les 3 et 4 mai 2016 à Chambéry, c'est la conférence de L'Afmat (Association Francophone de Management du Tourisme) sur le thème de "L'innovation dans le tourisme : l'heure des défis". Le tourisme culturel y aura sa place avec une intervention sur « l’émergence et l’impact des nouvelles technologies virtuelles sur l’héritage culturel : le point de vue du consommateur » (4 mai, atelier 3), une autre sur « Les stratégies de développement de l'œnotourisme : sur la route des vins d’Alsace » (4 mai, atelier 4).

 

 

Culture, handicap et numérique

 

*Le programme des animations accessibles de la Cité des Sciences et de l'Industrie est toujours très riche, quel que soit le handicap concerné. Exemple avec ces deux propositions pour les visiteurs déficients visuels :

  • Le 4 mai 2016, une séance d’astronomie adaptée avec des explications et manipulations assurées par un astrophysicien et adaptées.
  • Le 10 mai 2016, c'est un parcours exceptionnel sur une journée, pour mieux connaître la théorie de l'évolution et tout savoir sur les origines de l'homme : "Darwin, l'original" à la Cité des sciences et "Aux origines de l'Homme", exposé au Palais de la Découverte. Renseignements et inscription (obligatoire) par mél ou au 01 40 05 79 54.


*La Cité des sciences et de l'industrie qui accueille le 30 mai 2016 le 10ème forum européen sur l'accessibilité numérique dans un monde connecté. Cette année, ce sont les objets et les services connectés qui seront au centre des discussions.


*Le lendemain, le 31 mai 2016, c'est le CLIC France qui organise un atelier sur « Les nouveaux outils numériques pour favoriser l’accessibilité des musées et monuments ». Parmi les intervenants, le Musée des Beaux-Arts de Quimper présentera sa stratégie numérique d’accessibilité : boucles magnétiques, vidéos sous-titrées, commentaires audio auxquels Histoire de son/Tous Curieux a largement contribué.

 

 

Culture sonore

 

*Dans le cadre d'un séminaire sur les sens, les chercheurs de Synaesthesia (historiens de l’Antiquité, historiens des religions, anthropologues et de neuroscientifiques) organisent le 20 mai 2016 une journée d'étude sur le thème : « Les voies de l’efficacité sonore : chants, musiques et action rituelle ».

 

 

Entrepreneuriat culturel

 

*La deuxième édition du forum Entreprendre dans la culture a lieu du 25 au 29 mai 2016 à la Gaité lyrique à Paris, à l'initiative du Ministère de la Culture et de la Communication. L'entrepreneuriat culturel sera au centre des conférences, tables rondes et ateliers. L'événement est destiné aux étudiants, entrepreneur et professionnels de la Culture.

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Le tourisme de mémoire, son essor, et le rôle du numérique

13 Novembre 2015, 09:24am

Publié par véronique muzeau

Le tourisme de mémoire, son essor, et le rôle du numérique

 

 

Les commémorations du Débarquement et de la guerre de 1914-18 confirment le potentiel du tourisme de mémoire. Son ascension ne fait que commencer et le numérique est un excellent outil pour y contribuer.

 

 

 

Même si sa définition a tendance à s'élargir, le tourisme de mémoire est à la base lié à l'histoire militaire, aux batailles et autres faits d'arme suffisamment récents pour avoir marqué l'histoire familiale des visiteurs.

 

20 millions de touristes de mémoire en France

 

Il paraît que cette pratique ne date pas d'hier. Le concept serait apparu à Waterloo sur les ruines du champ de bataille parcouru au XIXe siècle par les Britanniques, pionniers du tourisme mémoriel. C'est ce que nous apprenait Bruno Colson, historien à l’université de Namur, lors d'une journée d’étude internationale à Waterloo le 7 mars 2015 (propos recueillis par la RTBF). Sur fond de romantisme et de développement des voyages, on s'intéressait soudain au passé guerrier encore inscrit dans les paysages.

 

Les Britanniques restent d'ailleurs la première clientèle étrangère des lieux de mémoire en France. Et 45% des 20 millions de visiteurs* de ces sites viennent de l'étranger : Royaume-Uni, Allemagne, Belgique, Pays-Bas et États-Unis essentiellement.

 

Les indices d'une tendance de fond

 

Le secrétariat d'État au tourisme, associé au ministère de la défense, s'accordent pour pointer les principaux enjeux de ce tourisme particulier :

  • enjeu civique et pédagogique, de la transmission de ce patrimoine aux générations futures,

  • enjeu culturel et touristique qui participe au dynamisme économique des territoires.

 

Le ministère de la défense a d'ailleurs consacré un espace spécifique au tourisme de mémoire au salon mondial du tourisme en 2014. Et les chiffres des enquêtes qu'il a menées en cette année commémorative sont impressionnants : une hausse de fréquentation de 145% pour les 28 sites mémoriels principaux de la seule Normandie. 5,6 millions de visiteurs y sont passés en 2014, contre 2,3 en 2013 !

C'est aussi dans ce contexte qu'Atout France a lancé l'observatoire du tourisme de mémoire.

 

L'observatoire régional du tourisme de Lorraine vient quant à lui de remettre un rapport détaillé sur ce tourisme de mémoire. L'étude des clientèles souligne le profil particulier des touristes mémoriels : une proportion plus élevée d'étrangers, des visiteurs seuls ou en couple, et plus âgés (surreprésentation de la tranche des 50-64 ans).

L'opération « Centenaire de la Première Guerre mondiale » a atteint ses objectifs de conquête de nouveaux publics puisque la fréquentation des sites de tourisme de mémoire lorrains a augmenté de 52% par rapport à 2013. Mieux, le poids des primo-visitants est plus élevé de 13 points parmi les touristes mémoriels par rapport à l’ensemble des touristes en Lorraine.

 

La forêt domaniale de Verdun qui couvre l'un des plus célèbres champs de bataille de la Première Guerre mondiale accueille 350 000 visiteurs chaque année ; mais là aussi, l'effet commémoratif joue à plein et la hausse était déjà de 40% sur les six premiers mois de l'année 2015**. En outre, la forêt est désormais labellisée "Forêt d'exception" par l'Office National des Forêts qui s'investit dans la valorisation patrimoniale de la forêt en partenariat avec les acteurs locaux. L'ONF propose des balades naturalistes dans ses forêts de l'histoire 14-18 avec ses agents en guise de guides.

 

 

Le numérique pour unifier des sites dispersés

 

Quand le tourisme de mémoire concerne un vaste territoire – et c'est souvent le cas – le numérique peut permettre au visiteur à la fois d'en avoir une vue d'ensemble, et d'entrer dans les détails des sites qui l'intéressent. Souvent, le tourisme de mémoire passe par des sentiers ou des circuits d'interprétation.
Les Chemins de mémoire de la Grande Guerre en Nord-Pas de Calais sont ainsi réunis sur un site internet.

Le parcours urbain numérique du Fort d'Issy retrace les combats de 1870-71 lors du siège de Paris par les Prussiens, puis lors de la Commune de Paris à Issy-les-Moulineaux (92).

 

Le numérique permet également la création de parcours thématiques par nationalité (les troupes russes en France), par itinéraire (la ligne de front de la Marne au Chemin des Dames) voire par séjour (trois jours à Lyon).

 

Dans l'autre sens, le numérique permet d'intégrer les sites mémoriels à la valorisation plus générale d'un territoire, à l'instar de la galerie numérique du Parc Naturel Régional du Morvan qui passe par le musée de la Résistance de Saint-Brisson.

 

Matérialiser le patrimoine immatériel

 

La mémoire n'est pas toujours gravée dans les pierres ni marquée dans le paysage. Il ne reste parfois aucun vestige du passé et s'il y en a, ces vestiges ne suffisent pas à comprendre l'histoire des lieux.

C'est justement parce qu'il s'agit beaucoup de ressentis, de souvenirs personnels, donc de patrimoine immatériel, que les outils numériques sont intéressants pour accompagner le tourisme de mémoire.

Ils ont en outre le gros avantage de pouvoir créer des passerelles entre les générations et de favoriser la transmission de la mémoire. Pour caricaturer, ces outils permettent un partage entre les grands-parents familiers du contenu et les petits enfants qui maîtrisent les outils.

La création des médias numériques peut aussi être l'occasion d'une collecte de mémoire, d'un recueil de témoignages des acteurs, tant qu'ils sont encore en vie.

Voici un petit florilège des possibilité de médiation culturelle numérique :

 

  • Audioguides à base de témoignages vécus ou de récits des collecteurs de mémoire comme celui qu'Histoire de Son a réalisé pour le sentier de la Drôle de Guerre à Wangenbourg-Engenthal (Bas-Rhin), en complément des panneaux du sentier d'interprétation.

  • Accès numérique aux documents fragiles et chargés d'émotions : lettres de poilus, journaux de bord, carnets de croquis, cartes et plans d'époque...

  • Applications mobiles immersives, réalité augmentée et reconstitution historique permettent aussi d'attirer un public plus familial comme l’application Arromanches 44 pour revivre le débarquement des soldats canadiens en Normandie en 1944.

 

Voilà pour les outils à utiliser sur place.

 

Mais en amont ou à distance des sites, les réseaux sociaux sont aussi particulièrement adaptés au partage de ces documents mémoriels et à la valorisation des lieux qui s'y attachent.

Le compte Facebook de Léon Vivien, poilu de la Grande Guerre, alimenté et mis en place par le Musée de la Grande Guerre de Meaux a beaucoup fait parler de lui. Le mémorial de Caen s'y est mis aussi, avec le G.I. Louis Castel, doté également d'un compte Twitter. Le mémorial récidive d'ailleurs avec une communauté autour du journal de Suzon, ou encore l'album de Rachel et Hannah décliné aussi sur Twitter et Instagram.

D'autres investissent Youtube comme la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale.

Pour l'institution ou le territoire, l'intérêt des réseaux sociaux est double : allier médiation culturelle et communication.

 

 

Pour approfondir la question

 

« Le tourisme de mémoire, un atout pour les collectivités territoriales ? », colloque interdisciplinaire de l'Institut d’Auvergne du Développement des Territoires (IADT), Clermont-Ferrand, les 9 et 10 avril 2015

 

Le site du ministère de la Défense « Chemins de mémoire »

 

L'observatoire du tourisme de mémoire

 

*chiffres de la DGE (direction générale des entreprises)

**chiffres du Conseil Départemental de la Meuse

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Boulimie de patrimoine

18 Septembre 2015, 08:32am

Publié par véronique muzeau

Boulimie de patrimoine

Revoilà les Journées du patrimoine, toujours aussi dynamiques et foisonnantes. Elles font même office d'apéritif pour une autre part de patrimoine, la gastronomie, qu'on fête la semaine suivante. De quoi gaver les curieux. Trop ?

 

Elles sont de retour ! Comme chaque année, il ne fait pas de doute que les Journées Européennes du Patrimoine (JEP pour les intimes) vont faire le plein, archi plein. Les chiffres parlent d'eux-même : un nombre monumental de sites participants (17000*), des visiteurs par millions (12 millions en France*), une idée reprise dans 50 pays (mais pas tous à la même date). Et pour être certain d'en avoir encore pour les prochaines années, on a choisi pour thème de cette édition 2015 « le patrimoine du XXIe siècle, une histoire d'avenir ».

 

En tout cas, les animations sont encore légion. Au point qu'on soupire en pensant à tout ce qu'on ne pourra pas voir...

 

Indigestion de propositions

 

Et oui, c'est un peu le problème avec ces grands temps forts de la culture. Ça met en lumière, ça fait le buzz, mais concrètement c'est très frustrant.

Non, vous ne pourrez pas suivre le concert dans la maison natale de Debussy, ET le parcours d'animation autour de la COP21 au ministère des Affaires étrangères, ET la visite commentée du chantier de restauration de la façade ouest et du clocher de l'église Saint Martin de Courpière (63) ET voir l'exposition « les quartiers se racontent » à l'aéroport Guadeloupe pôle Caraïbes. Vous devrez choisir. C'est cruel mais c'est comme ça !

 

En fait, si vous soupirez c'est parce que vous êtes déjà un boulimique de patrimoine et que les JEP n'ont pas vraiment été inventées (en 1984) pour vous...

 

Des journées conçues d'abord pour les débutants du patrimoine

 

Une étude un peu ancienne (2000) montrait que la motivation des participants aux Journées était avant tout la découverte d'un univers inconnu.

 

Plusieurs profils se détachent cependant parmi les publics des Journées du patrimoine ; à savoir :

 

  • Les non-habitués, qui ne fréquentent guère le patrimoine dans l'année et qui profitent donc de cette grande communion nationale pour le faire. Quoi qu'ils visitent, ce sera pour eux exotique. Et c'est le grand mérite des JEP de leur offrir ce moment de démocratie culturelle. Ce sont eux les cibles originelles des Journées qui devaient les attirer vers le patrimoine. Mission accomplie. C'est pour les séduire eux en particulier que les organisateurs se décarcassent et montent des propositions spécifiques à l'occasion : visites théâtralisées ou jeux de piste, concerts et spectacles... Qui sait, ils y prendront peut-être goût et recommenceront avant septembre prochain ?

 

  • Les curieux de proximité, qui fréquentent un site régulièrement mais qui vont enfin pouvoir bénéficier de la présence d'un guide et d'une médiation : une petite chapelle en rase campagne, l'usine dans laquelle on travaille, le pont sur lequel on passe tous les jours, l'hôtel des impôts... Ce sont les « touristes chez eux » qui viennent aussi se réapproprier la mémoire de leur territoire. Les JEP permettent alors parfois de tester des visites guidées ou des ouvertures au public qui seront reconduites à d'autres moments de l'année.

 

  • Les dévoreurs de patrimoine, qui profitent des JEP pour accéder à un monument ou un site inaccessible la plupart du temps : coulisses de préfectures ou de la Cour des comptes, châteaux privés exceptionnellement ouverts, chantiers de fouilles archéologiques, etc. C'est pour ces derniers que les JEP ont un « goût de trop peu » ; ils verraient bien l'événement avoir lieu chaque week-end... On leur rétorquera qu'eux aussi peuvent se transformer en "touristes chez eux" et suivre les visites proposées par les offices de tourisme ou maisons du patrimoine, toute l'année ou au moins en été.                                                                Oui mais certains répondront : là, c'est gratuit ! Enfin, presque partout, c'est vrai, et c'est sans doute aussi un critère important pour les curieux désargentés.

 

La multiplication des journées liées au patrimoine

 

Bon bref, si on n'est pas rassasié par ces journées, il suffit d'attendre le week-end suivant pour en reprendre une louche grâce à un autre événement national dédié à un patrimoine bien français : la Fête de la Gastronomie ! Bien sûr, on y déguste beaucoup, mais on y visite également : des chais, des moulins à huile, des usines de torréfaction, donc souvent du patrimoine. On y apprend aussi sur les produits et leurs terroirs, les méthodes de production, de transformation, et d’accommodation. On peut y suivre des conférences et des débats, y voir des expositions. C'est aussi, bien sûr, de la culture.

 

Ensuite, il suffira de patienter un peu : Journées du Patrimoine de Pays et des Moulins, Journée Internationale des Archives, Nuit des Musées, Nuit des Églises ou Journées Nationales de l'Archéologie, Journées des Métiers d'Art... Ajoutons pour ceux qui l'auraient oublié, que 2015 est l'année européenne du patrimoine industriel et technique. La France est le pays où on compte le plus d'événements liés au patrimoine culturel. Il doit bien y avoir une raison...

 

*chiffres du Ministère de la Culture et de la Communication

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Accueil touristique et qualité culturelle

7 Septembre 2015, 15:42pm

Publié par véronique muzeau

Accueil touristique et qualité culturelle

On entend bien quelques cocoricos sporadiques sur la richesse de notre culture ; d'autres sur le développement économique qui lui est lié. Est-on sur la voie d'une véritable intégration de la culture à la politique touristique française ?

 

Dans la torpeur de l'été ou presque (le 2 juillet 2015), deux parlementaires ont déposé un rapport sur l’évaluation de la politique d’accueil touristique de la France. On y trouve 25 propositions très concrètes pour améliorer cet accueil. Le tourisme culturel y a sa place, encore modeste cependant. Ça frémit pourrait-on dire.

 

Il y a notamment cette proposition numéro 22 : « adapter les monuments et musées publics accueillant plus de 500 000 visiteurs par an aux attentes des touristes ». Mais elle consiste surtout à améliorer billetterie, horaires d'ouverture et jour de fermeture. Les rapporteurs proposent la mise en place de médiateurs, par exemple des jeunes en mission de service civique ou en emploi d'avenir. Mais on s'interroge alors : quelle qualité de médiation pourra-t-on en attendre ? De quelle formation bénéficieront ces jeunes ?

 

Quant aux autres outils de médiation du XXIe siècle, les outils numériques, ils sont bien évoqués en proposition numéro 23. Il s'agirait d'utiliser ces outils pour mieux évaluer les flux et diversifier l’offre touristique. Diversifier l'offre, qu'est-ce que ça signifie au juste ?

Le rapport cite l'exemple de l’application HAPI (histoires et anecdotes du patrimoine d’Île-de-France), que la SNCF présente comme « votre guide touristique personnel ». La géolocalisation permet d'alerter les touristes sur leur smartphone pour leur faire des suggestions de visites en fonction de leurs centres d'intérêt. Le tout est teinté de médiation par le biais des anecdotes historiques de l’historien et journaliste Franck Ferrand. C'est très proche de l'application Le Val de Loire vu du train à laquelle contribue Histoire de Son par des interviews de personnes ressources.

 

 

On pourrait ajouter qu'un outil de médiation numérique de qualité peut aiguiller les visiteurs vers des sites moins connus et soulager les plus saturés ; c'est d'ailleurs pour éviter la surfréquentation de certains sites naturels fragiles que l'Office National des Forêts propose dans son application mobile la forêt de Fontainebleau des circuits de découverte naturalistes ou historiques hors des sentiers battus.

 

La médiation culturelle comme expérience réussie

Et justement la proposition numéro 24 du rapport parlementaire évoque Fontainebleau, mais côté château (« reproduire la formule qui fait le succès de Fontainebleau auprès des visiteurs étrangers » ). Le château de Fontainebleau est devenu le 4e le plus visité de France grâce à ses efforts tous azimuts et malgré une desserte compliquée (pas de gare à proximité). Les rapporteurs évoquent entre autres recettes de ce succès : les efforts de médiation. À la bonne heure ! Et le rapport d'évoquer aussi l'impact des événements culturels pour attirer les touristes vers les sites patrimoniaux plus en retrait. Bref, la culture est un moteur.

 

 

Des séjours qui ont du sens

Car si se préoccuper de transport, d'hébergement, de restauration, de signalétique, de gestion des files d'attente et de sourire des hôtesses est important, ça relève du « comment on visite un pays ». Si on se penche sur le « pourquoi on visite un pays », c'est alors qu'on s'intéresse au fond : certains viennent pour les paysages fabuleux et fort variés de l'hexagone, d'autres pour déguster nos plats légendaires, d'autres encore pour les fêtes et festivals... et c'est là qu'on entre dans le vif du sujet. Beaucoup viennent pour la culture. Surtout ceux qui viennent de loin. Et c'est ça qui les ravit le plus !

Sorties et offre culturelle, diversité de l'offre culturelle, musées, monuments et expositions sont les 5 points qui arrivent en tête des motifs de satisfaction des visiteurs d'île de France en 2014 (source CRT Paris Île-de-France). Plus de 93 % des touristes de la région parisienne sont satisfaits de ces aspects de leur séjour. Ils le sont nettement moins de l'accès et des transports, du rapport qualité-prix de l'hôtellerie-restauration ou de l'accueil des habitants.

Selon le mémento du tourisme 2014 de la DGE, le tourisme culturel est la 2e activité des visiteurs étrangers en France après les loisirs et l'agrément. Plus de 35% de ces visiteurs s'adonnent aux visites culturelles, bien avant le shopping qui n'en concerne que 20%.

Musées, spectacles et autres activités culturelles sont l'un des secteurs d'activité du tourisme dont le nombre d'emplois a le plus progressé ces dernières années : + 3% entre 2011 et 2012 (Source : Acoss). Avec un peu plus de 22 000 salariés dans ce secteur, il reste cependant des marges de progression.

 

À la lecture de ce rapport, on se dit donc que, oui, ça frémit du côté d'une politique touristique à base de culture. Il faudrait pourtant insister davantage. Le tourisme en France n'est toujours pas rattaché au ministère de la culture. Evelyne Lehalle, spécialiste du tourisme culturel, faisait remarquer dans son blog qu'en Italie en revanche, c'est le cas. Le patrimoine culturel de la France vaut pourtant bien celui de l'Italie, non ?

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Paroles de médiateurs culturels #5 : patrimoine immatériel

9 Juin 2015, 16:14pm

Publié par véronique muzeau

Paroles de médiateurs culturels #5 : patrimoine immatériel

Par définition, le patrimoine culturel immatériel (PCI) ne propose pas de support physique pour accrocher les sens du public. Pourtant, depuis que l'Unesco en a fait un objet de protection, son importance est reconnue. Les médiateurs culturels s'approprient donc le PCI.

 

L'ennui, c'est que le patrimoine immatériel est potentiellement aussi vaste que l'humanité.

Comment définir ses limites ?

Qu'est-ce qui fait patrimoine ?

Et quand bien même on a pu déterminer ce qui est patrimoine culturel immatériel, comment le valorise-t-on auprès des publics ?

 

Le rôle des musées de société

 

Ce sont des questions que se posent notamment les médiateurs d'écomusées et de musées de société.

Ils se frottent sans cesse à l'immatériel : langues, musiques, chants, paysages, savoir-faire et techniques, pratiques rituelles, ludiques ou artistiques .... tout ce qui caractérise le territoire où s'inscrit l'écomusée.

 

Lena Boisard-Le Coat est étudiante en ethnologie, et actuellement chargée de projet à l'écomusée des Monts d'Arrée.

Elle travaille sur un projet original : la création d'un spectacle en langue bretonne, créé à partir des collectages réalisés auprès des habitants du territoire sur le thème du potager et son évolution depuis les années cinquante en centre Finistère.

C'est donc une forme particulière de médiation culturelle.

 

 

 

Patrimoine immatériel, société vivante

 

Ce que Lena Boisard-Le Coat aime dans le patrimoine culturel immatériel, c'est qu'il est vivant, en perpétuelle évolution. En dépit des tentatives de transformation en folklore, notamment en Bretagne, ce patrimoine immatériel bouge, s'adapte ou disparaît. S'il a pu rester, il est le miroir mouvant - et émouvant - d'une société à une époque donnée.

 

Notion récente, médiation innovante

 

Le PCI est aussi une notion récente puisque l'Unesco l'a formalisée en 2003. C'est donc un champ d'innovation pour la médiation culturelle : expositions sonores, reconstitutions grandeur nature, dispositifs numériques mobiles, récits transmédia, spectacle vivant, tout peut être imaginé ! Tout reste à inventer.

 

Réflexion sur nos traces humaines

 

Qu'est-ce qu'une médiation réussie du patrimoine culturel immatériel pour Lena ?

Celle qui inciter le public à l'interrogation, à la réflexion sur l'identité du territoire visité ou sur sa propre identité s'il est lui-même habitant de ce territoire.

 

Parce qu'il n'est pas un objet qui résiste au temps, parce qu'il a besoin de l'humain pour être transmis, le patrimoine immatériel oblige à une appropriation.

Et qui se l'approprie le transforme déjà en le passant par son tamis personnel.

Le médiateur lui-même est concerné.

 

Pour aller plus loin

 

 

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Paroles de médiateurs culturels #4 : archéologie

8 Mai 2015, 17:09pm

Publié par véronique muzeau

Paroles de médiateurs culturels #4 : archéologie

Un petit fragment de poterie ou un morceau de crâne manquent parfois de sens pour un public non averti. Mais les médiateurs et archéologues savent faire preuve d'imagination et d'invention pour transmettre leurs découvertes.

 

 

L'archéologique et son côté pratique

 

Pour évaluer les trouvailles des médiateurs culturels en archéologie, vous pourrez toujours faire un tour à la rencontre Paleobox du côté de Menez Dregan à Plouhinec (Finistère) le 24 mai 2015.

Après un colloque professionnel, archéologues et médiateurs s'adresseront au grand public. Vous pourrez tenter d'allumer un feu à la mode paléolithique, de tirer au propulseur, de fondre du bronze ou de tailler un os. On vous expliquera aussi comment nos ancêtres chasseurs-cueilleurs tiraient parti de leur environnement végétal et on vous proposera même de jouer les archéologues grâce à des modules qui reconstituent un mini chantier de fouilles.

 

Pour découvrir l'archéologie par la pratique, écoutez aussi ce témoignage d'Yves Guéguen, archéologue de formation et médiateur en archéologie, spécialiste des fac-similés.

 

 

Rien de tel que la pratique pour transmettre, en effet. Le profane peut saisir à pleines mains ce qui lui semblait si lointain. Les intelligences kinesthésiques y trouvent leur compte.

Dans un article paru dans Les Nouvelles de l'Archéologie Xavier Savary (géologue archéologue) souligne cette particularité de la discipline.

Elle mêle les connaissances très spécialisées, les démarches scientifiques les plus pointues (palynologie, géomorphologie, dendrochronologie...), et la pratique la plus...terre à terre, à coup de pelleteuses ou d'outils de dentistes.

Le fait de creuser le sol pour mettre au jour le passé rend peut-être l'archéologue plus concret, qui sait ?

Une céramologue, archéologue – très - spécialisée (dans la céramique et d'une période donnée), peut ainsi déclarer avec modestie que l'une de ses compétences essentielles, c'est d'être douée en puzzles ! Voilà qui nous rapproche du savant.

 

Démonstrations et fac-similés

 

Le succès d'un chantier de reconstitution comme la construction du château fort de Guédelon démontre bien l'avidité du public pour cet aspect concret et pratique. Les ouvriers du chantier participent d'ailleurs à des programmes d'archéologie expérimentale à la demande des chercheurs.

En Allemagne, les sites archéologiques proposent depuis longtemps des reconstitutions à l'identique de bâtiments ou de mobilier et le public peut ainsi s'immerger dans les différentes époques. En France, on avait jusqu'à présent quelques complexes à proposer de tels fac-similés grandeur nature. Comme si les ruines étaient plus pédagogiques...

 

Médiation archéologique et numérique

 

Un récent colloque intitulé L'archéologie à la rencontre des publics s'est justement penché en profondeur sur la transmission et la médiation de la recherche archéologique. Les débats ont évoqué la question des fac-similés y compris...numériques, bien sûr !

 Il faut dire que, quand on a peu à montrer mais beaucoup à raconter, les nouvelles technologies sont salvatrices.

Quelques objets fragmentaires deviennent des pièces complètes, quelques trous de poteaux se transforment en édifices imposants, des villes oubliées renaissent, par la magie de la réalité augmentée.

Interviews audio, ambiances sonores, images, animations 3 D viennent alors sublimer le travail des archéologues.

 

L'exemple le plus abouti de ce bon usage des nouvelles technologies vient d'ailleurs d'être livré aux yeux de tous : la grotte du Pont d'Arc, reconstitution de la grotte Chauvet.

 

Bien sûr, la médiation en archéologie se doit d'éviter des écueils, dont certains lui sont propres : incompatibilité entre conservation et fréquentation, risque de privilégier l'émotion et le spectaculaire au détriment du savoir, questions identitaires et territoriales trop « brûlantes », immensité du patrimoine immatériel, etc.

 

Une chose est certaine en tout cas, comme n'importe quel domaine de recherche - publique qui plus est – l'archéologie se doit aussi de pratiquer la dissémination, la restitution, la transmission et donc la médiation. Autant continuer à le faire avec brio !

 

 

 

Ressources

 

La page facebook de Paleobox

https://www.facebook.com/paleobox?fref=ts

 

Article de Xavier Savary dans les Nouvelles de l'archéologie

http://nda.revues.org/1252

 

Ils bâtissent un château fort : chantier de Guédelon

http://www.guedelon.fr/

 

La grotte Chauvet-Pont d'Arc

http://lacavernedupontdarc.org/

 

Colloque l'archéologie à la rencontre des publics, 26 et 27 novembre 2014,

direction générale des Patrimoines du ministère de la Culture et de la Communication,

www.culturecommunication.gouv.fr/Politiques-ministerielles/Archeologie/Rencontre-des-publics

 

INP Institut national du patrimoine

http://www.inp.fr/

 

Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives)

http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/p-7-Accueil.htm

 

CMN (Centre des monuments nationaux)

http://www.monuments-nationaux.fr/

 

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