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le Patrimoine culturel accessible à tous avec Histoire de Son

Didier Tallec, compositeur de paysages sonores

23 Mai 2017, 16:02pm

Publié par véronique muzeau

Un environnement sonore peut devenir la matière d'une œuvre d'art

Un environnement sonore peut devenir la matière d'une œuvre d'art

Rencontre avec Didier Tallec, musicien amoureux du son qui travaille l'environnement sonore pour en extraire des œuvres d'art.

 

Didier Tallec se présente souvent comme un artiste multimédia mais il est d'abord musicien, violoniste plus précisément.

Depuis quelques années, il travaille aussi la vidéo et ...toujours le son bien sûr ! Mais ses compositions ont évolué : peu à peu, le musicien est tombé dans la marmite du field recording, la composition de paysages sonores en tant que créations artistiques.

Contrairement à l'audio naturaliste, le field recorder ne privilégie pas forcément le "son de la nature" ; il capte aussi celui de la "culture". Ce qui pourrait apparaître comme un bruit dérangeant devient une matière, une empreinte du territoire capté, en particulier le Finistère où vit Didier.

Tout son d'un paysage est une matière à travailler.

Wire Drawing sort en vinyle en automne 2017 ; le disque vinyle est dans ce cas un support adapté car cette œuvre est composée des sons d'une usine de tréfilage, issus d'une exposition commandée par l'unité Michelin de Vannes pour ses quarante ans.

Je suis un chasseur de sons, parfois je reviens bredouille, parfois la récolte et intéressante.

À la recherche de paysages sonores, Didier Tallec explore, micro en main, les oreilles aux aguets et nichées dans un casque audio, comme un photographe se met en quête de lumière et d'image.

Puisqu'il vit à Quimper et à Penmarc'h, le compositeur a repéré ses « spots » : un coin pour les tempêtes à Saint-Guénolé, l'île de Sein pour capter le vent dans un milieu moins anthropisé, vierge de moteurs de voitures.
Toujours muni d'un enregistreur quand il voyage, il aime aussi capter les ambiances des villes européennes, comme il l'a fait récemment en recueillant l'empreinte sonore de Prague.

En général, une œuvre décrit l'unité d'un lieu, mais Didier n'exclut pas de « mixer » différents sites.

Le matériel : palette de micros, enregistreur simple, excellent casque

Le matériel est simple et pas forcément coûteux.
Le field recorder dispose d'une palette de micros car la réussite du paysage sonore dépend surtout de leur positionnement : des hydrophones pour enregistrer sous l'eau, un micro canon, un couple A/B (stéréo) et des micros de contact pour les vibrations des routes ou des ponts.
Du côté des enregistreurs, un Zoom H2 et un Edirol R 44 font parfaitement l'affaire.
Quant au casque, Didier apprécie particulièrement son Sony CD 3000.

 

Collaborations artistiques

Didier travaille aussi en collaboration avec d'autres artistes : Noémie Sprenger-Ohana, chercheuse et créatrice en musique acousmatique (destinée à l'écoute par hauts-parleurs) avec qui il propose des formations au field recording.

Récemment, c'est Pierre Charrié, designer créateur de belles surfaces sonores en bois qui a diffusé ses paysages sonores lors de Révélations la biennale internationale des métiers d'art et de la création, au Grand Palais à Paris du 4 au 8 mai 2017.

 

 

Jardins sonores

Le compositeur cultive son art sur un autre média, comme un jardin secret : ses jardins justement, l'un au centre de Quimper et l'autre à Penmarc'h en bord d'océan. Et dans ces petits univers intimes, il est aussi question d'ambiance sonore.
À terme, Didier pourrait y proposer une installation sonore permanente.

 

Dans une société entièrement dominée par l'image, les gens ne font guère attention aux sons qui les entourent.

En véritable amateur de son, Didier Tallec regrette un peu la prédominance de l'image dans notre quotidien. Peu de gens s'intéressent à la musique contemporaine. Et quand ils sont en position d'écoute, les auditeurs se préoccupent rarement de qualité sonore.

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